La musique : un cadeau du ciel !

D. Rapion 28 février 2017 0

Anne Laurent« Je suis marquée, transformée à vie par cette grâce d’avoir vécu en Israël à Jérusalem, pendant 15 années et d’avoir été organiste au Saint-Sépulcre. Cela a été le miracle de ma vie ! » Anne Laurent est depuis cette année organiste suppléante à la cathédrale de Nantes. Son témoignage touchant dit les ombres et les lumières d’un parcours de foi exigeant et éprouvé !

« En janvier 1985, je quitte Nantes, la ville de mon enfance, après y avoir pratiqué pendant dix ans le chant liturgique à la cathédrale, pour rejoindre, dans le sud de la France, la communauté des Béatitudes. Ma formation musicale, de pianiste et de chanteuse, m’amène rapidement à devenir responsable de la liturgie au sein de la communauté. J’apprends aussi alors à jouer de l’orgue pour accompagner la prière quotidienne. En 1991, je prononce des vœux solennels religieux et vis ainsi 17 ans dans un couvent près d’Albi, participant à tous les grands rassemblements des Béatitudes, à Lourdes entre autres, où il m’est arrivé de diriger jusqu’à 3000, 5000 personnes… ».

Mais, en chemin, quelque chose se brise, Anne l’évoque avec pudeur: « Une très grave crise au sein de la communauté, m’a entraînée à demander, en juillet 2001, à quitter les lieux où je me trouvais… c’était une question de survie ! Je souhaitais faire une pause dans une des deux maisons que possédait la communauté en Terre Sainte: toujours en habit, j’ai débarqué à Emmaüs Nicopolis, sur la route de Tel-Aviv, avec l’idée d’y rester un an ».

Douloureuse période de remise en cause, Anne abandonne volontairement la musique, en quête d’intériorité: « À l’époque, j’ai vraiment signé à Dieu un chèque en blanc : Qu’attends- tu de moi ? En Israël c’était l’Intifada, les pèlerins et les touristes avaient déserté les lieux saints. Moi, je voulais les côtoyer au maximum, tant que j’étais là: j’ai donc rejoint l’autre maison, située à deux pas du check-point – pas toujours simple à franchir – entre Bethléem et Jérusalem. J’ai beaucoup arpenté la ville Sainte. Inlassablement mes pas me ramenaient vers le Saint-Sépulcre, que j’avais à l’époque pour moi toute seule ! ».

Le Saint SépulcreToute seule ? Pas tout à fait, car très vite, dans ce temps de tâtonnement intérieur s’est dessiné le rendez-vous quotidien de la messe, tôt le matin, ainsi que la procession de l’après-midi (qui est une sorte de chemin de croix) assurée par les Franciscains de la Custodie de Terre Sainte : « Ils m’ont repérée assez vite, j’étais une des seules étrangères, en habit religieux. Le titulaire de l’orgue du Saint-Sépulcre m’a proposé de jouer de l’orgue pendant la procession du dimanche après-midi, puis de rejoindre l’Institut Magnificat, l’école de musique, dont il était responsable. J’y ai prolongé ma formation d’organiste et de composition musicale, jusqu’à l’obtention, en 2007, d’un diplôme passé dans un conservatoire italien. Moi qui avais arrêté la musique, elle m’a rejointe, comme une claire réponse: le titulaire de l’orgue m’a confié peu à peu quelques morceaux à la messe, puis une messe entière. Je me suis mise aussi à enseigner la musique à l’Institut. En 2004, les Franciscains m’ont proposé d’être chantre au Saint-Sépulcre, j’ai été la première femme à occuper cette fonction. Pour faire face à ces tâches musicales, d’étude et d’exécutant, j’ai demandé à être détachée géographiquement de ma communauté et je me suis installée dans une chambre de la Custodie, au monastère Terra Sancta Collège, à vingt minutes de la vieille ville. Ma fonction de chantre a pris fin en 2011 quand, à la suite d’une réforme au sein de ma communauté, j’ai choisi le statut de laïque consacrée. Mais mes fonctions d’organiste s’étaient beaucoup déployées entre-temps: le père franciscain titulaire m’a laissé de plus en plus de place et je suis devenue son adjointe officielle. ».

« Le Saint-Sépulcre est régi par le calendrier liturgique, et aussi par le statu quo qui répartit les offices entre les différents rites: pour les catholiques, messe quotidienne à 6h30, à 5h30 le dimanche, cinq ou six célébrations à l’occasion des solennités, dont certaines au cœur de la nuit! La fonction exige une totale disponibilité: ma vie d’alors, réglée nuit et jour sur le Saint-Sépulcre, m’a permis de vivre des expériences inoubliables: y dormir parfois dans la chambre allouée à l’organiste, tenir ma partition alors que se déroule simultanément dans mon dos une liturgie copte, nouer des liens de fraternité avec les Arméniens, les Grecs… Toutes les communautés qui se relaient nuit et jour pour la prière tissant un joyeux mélange de liturgies, un œcuménisme de terrain original! Amoureuse de ce lieu qui a été un refuge et un chemin aux heures difficiles, j’y ai été quatorze ans au service de ses célébrations qui déploient le rite latin, accompagné du chant grégorien, dans tout son faste. J’y ai approfondi ma vocation, qui est de servir le Seigneur dans la liturgie, comme un cadeau du ciel ! ».

« Je me sens forte de cette expérience : le Seigneur est toujours fidèle! C’est ce même Seigneur que je sers ici, à la cathédrale de Nantes, par mon travail musical, c’est mon service, ma prière, la forme de ma consécration et de ma vocation. »Une dernière confidence ? : « La grâce du saint Sépulcre, lieu source de la foi, se reçoit au point du jour, quand il fait encore sombre, de grand matin comme le dit l’Évangile de saint Jean (20, 1) et c’est une grâce de Résurrection ! ».

Source : ELA n°69 – mars 2017 – article de Maryannick Philippot

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