S’ouvrir aux autres par l’action et le témoignage

D. Rapion 9 juillet 2018 0

Dans l’Ouest de Nantes les paroisses Bienheureux Marcel Callo et Saint-Yves accueillent régulièrement des témoignages de personnes impliquées auprès de populations en fragilité (migrants, gens du voyage, prisonniers, personnes hospitalisées…). Leur action se transmet ainsi, la connaissance des fragilités des uns et des autres rapproche les gens, permet un premier pas vers l’autre et participe à une plus grande chaleur humaine.

 

L’hospitalitéMesse des peuples 2016

Lors de la « Messe des peuples » de la paroisse Bienheureux Marcel Callo, Sonia témoigne de l’accueil ici, qui lui rappelle celui de son pays d’origine : la République Centrafricaine.

Il y a quelques années, quand j’étais encore en Centrafrique, je faisais du commerce avec ma mère. Nous allions dans les campagnes acheter des produits (du manioc, de l’arachide, de la viande…). Nous partions pour une ou deux semaines. Nous débarquions parfois dans des villages que nous ne connaissions pas et nous n’y connaissions personne. Il n’y avait ni hôtel, ni auberge. Spontanément, nous étions invitées par des habitants pour qui nous n’étions que des étrangers. Mais ils nous accueillaient dans leur maison, à leur domicile. Nous partagions leur repas et leur eau. Pour dormir, ils nous proposaient leur lit. De temps en temps, nous repartions avec une personne de la famille d’accueil qui rêvait de connaître la ville. Nous l’hébergions jusqu’à notre prochain retour dans son village.

En venant en France, j’étais loin d’imaginer que cette forme d’accueil puisse exister. Mais, à ma grande surprise, en tant que demandeur d’asile, j’ai bénéficié d’un accueil et d’une hospitalité encore plus grande. Un logement a été mis à ma disposition ainsi que de quoi satisfaire mes besoins vitaux. Cette hospitalité n’a rien à envier à celle des africains.

La seule chose qui me manque ce sont les relations personnelles. Mais ce manque a été largement compensé par les personnes qui me soutiennent et m’accompagnent dans mon parcours de réfugiée.

 

Mieux connaître pour mieux comprendre les gens du voyage

Soirée gens du voyageA l’initiative des Pôles « solidarité » des paroisses de Nantes-Ouest et du Secours Catholique, le 9 mars dernier, une soirée à été organisée au Carré des services Publics. La rencontre avait pour sujet, « les Gens du Voyage » divers intervenants, au contact avec cette population, ont permis de mieux comprendre leur mode de vie et leur culture. Cette soirée a connu un vrai succès, la salle était comble.

Au début de la soirée une vidéo sur le Camp des Forges de Moisdon-la-Rivière à rappeler la dure réalité de la guerre 1939-1945. Christophe Sauvé de l’Association Départementale des Gens du Voyage Citoyens (ADGVC44) a témoigné :« des Français ont été arrêtés et internés dans le camp des Forges de Moisdon-la-Rivière dans des conditions épouvantables. Il faut connaître son histoire pour pouvoir en écrire une nouvelle page ».« Gens du Voyage » c’est une appellation administrative qui date de 1970, elle concerne aussi bien des gens qui voyagent que des personnes sédentaires parce qu’ils sont dans une logique culturelle qui accorde la priorité au lien familial. Si l’un d’entre-eux est malade, en difficulté ou si un moment heureux arrive, ils sont tous présents, ils viennent de loin, du nord, au sud. Ils demeurent tant que l’événement n’est pas terminé. « Ils voyagent surtout pour des raisons familiales, ils ont un très grand respect des traditions » dit le sociologue Bernard Pluchon, spécialiste des populations itinérantes, il ajoute : « on connaît mal cette communauté que l’on croit homogène et soudée. Nos représentations sont fausses ; ainsi, on les considère comme des étrangers, alors qu’ils ont cinq siècles d’histoire dans notre pays. ». Cette logique du lien familial qui les unit, qui les fait vivre, nous dépasse et nous oblige à nous poser des questions sur notre façon de vivre avec eux pour mieux les comprendre. « Pourquoi y a-t-il tant de voyageurs près du CHU Nord ? Les hôpitaux de Nantes sont cotés et quand un membre de la famille est hospitalisé, sa famille l’accompagne. Il est impensable de le laisser seul » dit Thierry Rault, directeur des Services régionaux itinérants de Rezé (SRI). D’où les problèmes de stationnement par moments, des questions liées à la scolarisation des enfants, aux soins médicaux, à la recherche de travail, au besoin des ressources financières indispensables à la vie de la famille. Questions évoquées et prises en charge dans la réflexion des associations et des pouvoirs publics.

 

Aumônier de prison, à l’écoute, quel que soit le passé

Bernard Civel, aumônier des prisonsLe 8 décembre dernier, le Père Bernard Civel aumônier de la prison de Nantes vient témoigner de sa mission. Il raconte la surpopulation carcérale, elle existe à Nantes comme dans toutes les prisons. Il préside la messe où quelques-uns sont présents mais apprécie de prendre également des moments pour rencontrer les personnes dans leurs chambres. Il vient pour écouter et dire un peu de l’espérance de Dieu quelle que soit la situation de chacun et son passé. Certains travaillent et gagnent un peu d’argent qui servira, en partie, au moment de la sortie. Il nous parle de la difficulté de la réinsertion pour prévenir la récidive et souhaite que les communautés chrétiennes réfléchissent au sujet et essaient de trouver des solutions pour un retour réussi dans la société. Anne L.

 

L’accueil des migrants

Depuis presque 6 ans, une équipe de 16 bénévoles du Secours Catholique de la Basse Loire Nord accueille avec bienveillance et empathie les migrants « demandeurs d’asile »qui viennent demander de l’aide. Yannick Voisin, accompagnée de 3 personnes du secteur pastoral, présente cette expérience d’accueil et de suivi de situations souvent complexes.

«  Notre action a commencé par l’initiation au français chaque semaine, puis nous avons proposé des moments de convivialité pour pallier l’absence d’activité. Nous coopérons avec des partenaires différents : le CADA (centre d’accueil de demandeurs d’asile) qui nous permet de mieux connaître les personnes confiées. Nous entretenons des relations avec les associations qui soutiennent les migrants que ce soit pour leurs besoins fondamentaux  tels que le Secours Populaire, les Restos du Cœur, que ce soit pour leurs démarches administratives comme le MRAP, ou d’autres structures maillons dans leur parcours (CMS, écoles, dispositifs logement, santé). Nous avons des rencontres avec d’autres bénévoles pour réfléchir, confronter nos expériences, connaître les différentes nationalités à accueillir et les évolutions législatives.

La protection nécessite d’adopter différentes postures. La base c’est de mettre les gens en confiance… Leur aspiration principale est celle de travailler pour subvenir à leurs besoins et accéder à l’autonomie. Mais les embûches sont nombreuses dont la principale est l’apprentissage et la pratique de la langue. Nous essayons de prendre en compte la dimension religieuse de chacun en la respectant, mais aussi en apprenant à la connaître pour percevoir comment la religion a un impact sur eux… Notre objectif est aussi de les aider à mieux vivre dans ce nouveau pays : avec les habitants mais aussi les services administratifs qui connaissent et appliquent les lois de notre pays. Il faut faire preuve d’imagination, se former pour comprendre l’identité profonde de chaque migrant. Il faut aller jusqu’au bout de toutes les démarches sans baisser les bras, sans se décourager, sans tout comprendre de leurs choix. Quand quelques-uns, que nous avons connus et aimés, parviennent à vivre dans une relation réciproque avec nous, nous sommes heureux et leur disons « merci » pour tout ce qu’ils permettent dans nos existences.

Welcome, le réseau d’accueil des demandeurs d’asile témoigne ensuite de la démarche de familles qui choisissent d’accueillir une personne pendant 5 à 6 semaines. « L’accueil d’abord » l’association fondée par les églises catholique, protestante, orthodoxe, partage ce qu’elle vite avec les familles déboutées qui ne peuvent pas repartir dans leur pays d’origine.

Marie-Hélène Nedelec, conseillère municipale à La Ville de Saint-Herblain et Vice-présidente de Nantes Métropole, dit alors son action pour qu’une coordination entre les différentes structures au service des Migrants se mette en place et œuvre efficacement pour essayer de résoudre les problèmes.

Christian, de l’association « Étape » est attentif aux adolescents de 13-18 ans pour lesquels un éloignement du milieu familial est nécessaire et qui ont besoin d’être protégés, parmi lesquels se trouvent des migrants mineurs arrivés sans rien.

Christophe, prêtre accompagnateur, évoque la situation des 67 mineurs scolarisés mais sans domicile, sans ressource, sans mesure d’hygiène, sans statut, vivant d’une façon précaire et qui interpellent l’assistance sur sa capacité de solidarité et la nécessité d’inventer de nouveaux modes d’hébergement et d’accueil pour cette population en déshérence.

Enfin, un bénévole de la CIMADE, parle de la situation des jeunes dont la minorité n’est pas reconnue et qui ont besoin d’une aide juridique pour un recours immédiat mais aussi d’un hébergement, de nourriture, et de tout le reste.

 

A l’hôpital : oser l’aventure d’une rencontre

Le 11 février dimanche de la santé, Caroline est venue témoigner de sa mission d’aumônier à la Polyclinique de l’Atlantique, je visite le service de chirurgie gynécologique, la maternité et son service de grossesse pathologique ainsi que le service orthopédique.

Aller chaque semaine à la rencontre de l’autre, n’est pas toujours une chose évidente. Nous frappons à une porte, nous nous présentons, mais nous ne savons pas  ce qui va se passer ensuite.

Quel va être l’accueil qui nous est réservé ? Est-ce un accueil chaleureux ? Mitigé ? Curieux ? Ou tout simplement un refus ? Celui-ci peut être dû au choc de l’annonce, à une attente de résultats ou tout simplement à un refus de rencontrer l’aumônerie. Nous partons à l’aventure, nous osons l’aventure d’une rencontre !

Nous rejoignons la personne là ou elle en est, avec ce qu’elle est et ce qu’elle vit au moment présent. Nous prenons le temps d’entrer en relation, de regarder l’autre, la laisser dire elle- même ses attentes, sa souffrance, son désir, sa prière, pour parvenir à réveiller en elle l’énergie occultée jusque-là. Nous faisons appel à ce qui est humain en tout homme, en toute femme et qui ne demande qu’à revenir à la surface malgré toutes les blessures de la vie.

La Mission Ouvrière

Échanges avec la Mission OuvrièreLe 9 décembre, à l’initiative de la Mission Ouvrière présente sur la paroisse, nous nous retrouvons, une trentaine, dans les locaux de la Maison Paroissiale pour partager un temps de réflexion à partir de l’Évangile.

Les échanges se font en petits groupes pour une meilleure participation de chacun ; ce n’est pas toujours facile de parler aux autres quand on ne se connaît pas. Trois questions nous aident: Qu’est-ce que tu aurais envie de construire dans ta vie et dans le monde ? Qu’est-ce que tu trouves beau dans la vie ? Que signifie Noël pour toi ? Lors de la mise en commun des réponses, nous construisons un peu notre histoire avec les mots très forts et riches de sens exprimés dans les groupes : amour, partage, fraternité, paix, entraide, maman, nature, ensemble, fête, toit, liberté, repas, solidarité, amitié. Après le partage d’un morceau de gâteau et d’un verre d’amitié, certains d’entre nous reconduisent des participants tandis que d’autres célèbrent la messe à Saint-Thomas avec un temps de parole sur la rencontre. Anne L.

Des enfants du caté rencontrent les Clarisses de Nantes

Soeur Marie BéatriceSamedi 16 décembre 2017, des enfants des paroisses Saint-Yves et Bienheureux-Marcel-Callo se sont donné rendez-vous chez les Clarisses pour échanger avec Sœur Marie-Béatrice sur la vie des moniales. Les uns ont pris le tram et les autres se sont organisés avec des parents pour venir en voiture.

Rassemblés dans une grande salle ornée d’un grand crucifix de St François d’ Assise, les enfants ont posé leurs questions auxquelles la sœur a répondu avec beaucoup de patience et de douceur. « À partir de quel âge peut-on être sœur ? Comment devient-on une sœur ? Est-ce-que c’est difficile de se lever tôt le matin ? Avez-vous le temps de vous laver ? Est-ce que votre emploi du temps est difficile ? Quel travail faites-vous ? Faites-vous le même travail chaque jour ? Combien de temps prend la prière ? Combien de psaumes chantez-vous dans la journée ? Est-ce que vous faites du sport ? Est-ce que vous avez un temps pour vous ? Avez-vous le temps de voir votre famille ? ».

Enfin, ils ont rejoint la chapelle pour la messe et pour regarder la crèche en cours de construction, certains ont même caressé les gros moutons de laine ! Dans la voiture, au retour, l’ambiance était joyeuse. Les enfants ont profité de l’occasion pour mieux se connaître entre eux, l’animatrice pour mieux rencontrer les parents ! Une belle collaboration de tous.

 

 

 

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