« Avec nos différences, tissons ensemble une Terre Solidaire »

D. Rapion 19 mars 2018 0

Vivre le carême 2018Depuis 1961, le CCFD-Terre Solidaire est aux côtés de celles et ceux qui luttent quotidiennement contre toutes les causes de la faim. Répondant à l’appel des évêques de France, il organise l’action de solidarité internationale en appelant les chrétiens au partage pendant la période de Carême, notamment lors de la collecte du 5ème dimanche.

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SE DONNER

Donner son temps, prendre son temps pour mieux s’ouvrir aux autres
Se donnerA la suite du don de Dieu-Père et du Christ-Frère dans un monde entre violence et rencontre nous recevons un appel à prendre des risques. Osons nous mouiller, nous engager pour le paix et la solidarité. En se donnant on reçoit, en partageant on augmente nos richesses, on entrelace les fils d’une vraie relation pour devenir un tissu d’humanité.

Témoignage du Père Michel Jondot, co-fondateur de l’association Mes-Tissages à Villeneuve la Garenne

“Quand on habite à La Caravelle, à Villeneuve la Garenne, on reste confiné dans la cité de la naissance jusqu’à l’âge adulte.
Crèche, école, collège, lycée sont à proximité : l’horizon est étroit. On s’est efforcés d’introduire des instruments pour élargir l’univers culturel. Un médecin est venu leur parler de Laennec, un sculpteur leur a montré comment il travaillait, et un romancier a su
choisir dans son oeuvre quelques pages à leur lire. On est attentifs aussi à leur faire découvrir leur propre culture. On a fait venir l’archevêque orthodoxe du Mont-Liban, pour leur parler de la langue arabe. Un calligraphe iranien leur a montré ses calames et la
manière de s’en servir.
Chacune de ces rencontres est l’occasion d’inviter les parents. On rencontre quelques pères, mais le monde des mamans demeure impénétrable. Christine, alors, quitte son travail pour faire face bénévolement à la situation. Grâce à elle, un certain dimanche, le local est envahi par des femmes de tous âges autour de métiers à tisser de fortune.
Une nouvelle aventure démarre. On fait appel à une voisine du local, experte en la matière. Un groupe se constitue alors autour d’elle. Une ou deux chrétiennes le rejoignent. Ensemble, elles apprennent à monter la chaîne sur un ourdissoir, à carder, à filer et à faire courir les fils pour composer la trame.
Quelques premières oeuvres peuvent être exposées chez les bénédictines de Vanves. Vient le moment où les mamans de La Caravelle ne comprennent pas l’intérêt qu’elles ont à continuer un travail sans être rémunérées. Comment faire ? La Direction départementale
du travail et de la formation professionnelle vient à notre secours. Trois fonctionnaires dynamiques montent un chantier d’insertion original
destiné à former non seulement au monde dutravail mais à l’exercice d’une profession précise : le tissage en l’occurrence. Les participantes sont rémunérées au SMIC.
Cinq Marocaines acceptent de se soumettre aux exigences qu’on leur impose : respect des heures, découverte du Droit du travail, apprentissage de la langue française et surtout une initiation sérieuse au métier.
Celle-ci est assurée par Florence, une « Soeur Blanche », diplômée des Gobelins ; elle a dirigé pendant vingt ans un atelier de tissage dans le
Sud algérien. Elle ne laisse passer aucune maladresse ; sa rigueur l’entraîne parfois à détruirel e travail d’une semaine quitte à faire pleurer les tisserandes en herbe. En réalité, cette sévérité fait naître une grande affection : « Florence ! C’est une mère pour nous ! » disent-elles

Cette expérience n’a pas été toujours aisée pour ces femmes : il leur a fallu affronter les résistances des maris. Mais elles en ont été transformées : elles ont tissé des oeuvres de peintres qu’on a pu exposer. « Nous sommes des artistes ! » Telle fut leur conclusion en constatant l’admiration dont elles ont été l’objet; « Je suis fière de toi », disait une adolescente à sa mère.
Aujourd’hui l’expérience de ces tisserandes est féconde. Dans leur cité restaurée avec bonheur, elles disposent d’un local où des femmes de
toutes origines et de toutes confessions viennent s’initier auprès d’elles. On s’est équipés de métiers à tisser et de machines à coudre
professionnelles : une modéliste aide à réparer ou à confectionner des vêtements pour la famille. Les femmes du voisinage franchissent le seuil pour venir bavarder. On a plaisir à se rencontrer et, lorsqu’on est face à  des problèmes difficiles, on trouve à qui parler : une adulte-relais est là pour écouter et orienter.
Cette expérience n’est pas d’abord sociale mais interculturelle et interreligieuse.”

SE LIER


Folie de se lier à ce qui est nouveau, folie de la rencontre sans trop connaître la route qui s’ouvre devant nous.

Se lierIl y a de la folie à se lier à ce qui est extérieur à soi, à ce qui ne semble pas aller de soi. Folie du risque avec et pour l’autre, folie de la solidarité, folie d’accueillir un étranger dans sa maison, folie d’ouvrir son cœur et de tisser de nouveaux liens… Mais s’engager et faire avec le Christ, n’est-ce pas aussi une folie ?

« Le vrai pouvoir des chrétiens : lier ou délier. »
Entretien avec Frère Benoît Vandeputte, aumônier générades Scouts et Guides de France :

Tisser des liens, faire des noeuds, à l’heure du numérique cela a-t-il un sens ?
On connaît « Bond, my name is Bond », l’agent secret, dont le nom est lourd de sens, de double sens, et il en joue. Bond ; « lien », ce nom a du poids, et il attache, valeur et lien. Un peu comme le nœud. Nodus en latin. Pas seulement une marque de chemise de luxe, mais à
la fois ce qui attache et ce qui retient : entrave ou consolidation, patience ou solidarité. Le nœud ou le lien a donc à la fois un aspect négatif
comme une chaîne et un aspect positif comme un renforcement ?
Alexandre le Grand, stratège de l’Antiquité dut trancher à l’épée ce qu’il ne pouvait résoudre et dénouer. Il y trouva, en se libérant du noeud de son contradicteur, le chemin de sa liberté. Et de sa propre sagesse.
Il nous faudrait donc nous libérer des liens qui nous entravent pour mieux avancer vers la rencontre avec l’autre et vers une terre solidaire…

Comment décririez-vous le nœud pour se lier à l’autre ? Est-ce un luxe ? Une nécessité ?
C’est un nœud solide : pas un nœud de pacotille, pas un nœud de bouts de chandelle ou un nœud de bouts…ficelles. Un nœud qui tienne, qui tienne la table, qui tienne le banc, qui tienne l’ami, le nœud de l’amitié. Celui qui existe pour la seule gloire d’être là dans la gratuité de son existence… et la solidité de la table. Pas du luxe ça : juste de l’indispensable. (…)

Se lier à l’autre, selon vous, est-ce un risque ? Une folie ?
C’est le cœur des choses, le nœud de la vie, le profond de l’étant, le propre de l’intime, partageable pourtant. Et c’est un lien dans la
confiance, rarement, totalement, pour de bon, pour le don, pour la vie…

Retrouve-t-on la symbolique des nœuds, du lien, dans les Écritures ?
Les Écritures, Jésus, parlent peu – pas, des nœuds. Mais tellement des liens : de ceux du clan des origines à ceux du peuple élu, à ceux de la
fraternité. « Je vous appelle ami… » (Jn 15,15). C’est tout le pouvoir de ses amis. Car c’en est un.
Le pouvoir de lier ou de délier, d’entraver ou de libérer, de nouer ou dénouer. Éternelle tentation des hommes, des religions, des idées qui dominent.

Pensez-vous à un passage en particulier sur les liens que vous souhaiteriez nous partager ?
« Amen, je vous le dis : tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel. Et pareillement, amen, je vous le dis, si deux d’entre vous sur la terre se mettent d’accord pour demander quoi que ce soit, ils l’obtiendront de mon Père qui est aux cieux. En effet, quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux. »

La collecte de Carême :
une démarche de solidarité internationale Dimanche 18 mars dans votre paroisse
En 1961, la Conférence des évêques de France mandate le CCFD -Terre Solidaire, afin de mobiliser les chrétiens face aux enjeux de solidarité internationale, notamment lors de la période de Carême.
Aujourd’hui, notre lutte contre toutes les causes de la faim passe par le financement de plus de 593 projets dans 58 pays à travers le monde, grâce aux soutiens de donateurs : défense du droit à la terre, réduction des inégalités, apport d’outils et de semences, formation à une agriculture respectueuse de la nature, lutte contre les effets désastreux du dérèglement climatique, régulation des marchés agricoles, développement de l’agriculture familiale. Toutes ces actions soutenues par le CCFD-Terre Solidaire visent un renforcement des alternatives de développement.
Votre don est essentiel face aux chiffres alarmants de la faim : 815 millions de personnes*, soit 1 habitant de la planète sur 9 souffre de la faim dans le monde ¾ de ces personnes sont des petits paysans* 600 millions d’êtres humains de plus* seront touchés par l’insécurité alimentaire provoquée par le changement climatique d’ici 2080 si nous n’agissons pas.
*Source : rapport FAO 2017
Chaque don, quel que soit son montant, se transforme en actions concrètes et efficaces et contribue à une solidarité plus grande. Cet appel au don animé depuis 55 ans pendant la période de Carême est porté par les communautés chrétiennes et adressé à tout chrétien.
En ce temps de partage, le pape François nous rappelle combien il est important d’être à l’écoute de son prochain, d’être bienveillant et de faire preuve de charité pour bâtir un monde plus juste, plus fraternel, auquel nous aspirons tous ; et où chacun puisse trouver les ressources pour se nourrir.
Il n’y a pas de petit don quand on défend une grande cause !
Un monde plus équitable, cela fait plus de 55 ans que le CCFD-Terre Solidaire et ses 450 partenaires s’attachent à le construire, malgré les conflits qui déplacent des populations loin de leurs terres, le dérèglement climatique qui met en péril les cultures ou encore l’accaparement des terres par certaines multinationales qui entraîne l’expropriation des petits paysans, laissant ces derniers sans revenus pour nourrir leur famille.
En soutenant les initiatives menées par le CCFD-Terre Solidaire et des organisations partenaires vous contribuez à une alimentation décente pour des personnes qui utilisent des méthodes de production durables.
C’est par un appel au partage, comme le souligne le pape François à l’occasion du Carême, que le CCFD Terre Solidaire s’efforce de poursuivre cette lutte en continuant à accompagner les populations vulnérables vers leur souveraineté alimentaire.
« Contribuer à réaliser une terre sans pauvres veut dire construire une société sans discrimination, fondée sur la solidarité qui conduit à partager ce que l’on possède, une répartition des ressources fondée sur la fraternité et la justice. » Pape François, audience générale du 10 février 2016.

SE LAISSER TOUCHER par nos différences pour s’ouvrir au monde.
Quoi de plus beau que la rencontre ?
Rencontrer l’autre, son visage, la lumière qui en émane, le poids de vie qui s’y inscrit, voir en lui une présence brillante et étincelante. Laissons-nous toucher par nos différences, ce que nos visages portent d’Humanité : ils nous ouvrent au monde.
Ensemble tissons les liens du partage.
« La misère, souvent ça nous fait reculer. Les enfants sont sales. Les femmes n’ont parfois pas d’autres solutions pour vivre que la prostitution. Les travailleuses s’urinent dessus, faute de pause.
Les femmes cuisinent au milieu de la ruelle. Les hommes boivent le pain quotidien. Les familles vivent à sept dans 10 m2.
Alors ? Il faut voir et sentir, puis consentir à regarder sans dégoût, sans jugement. Et rencontrer ces êtres qui ont si peu de personnes pour prendre soin d’eux. Il faut les envisager et se laisser envisager par leur sourire que rien ne désarme. Il faut se laisser questionner par eux « Qu’est-ce que vous êtes venus faire ici ? » Et répondre sans mentir : « J’étais bien tranquille chez moi. Qu’est-ce qui m’a pris d’accepter ce séjour ? »
Aujourd’hui, deux ans après, je me dis que je suis allée à la rencontre du frère et de la soeur différents. Je suis allée toucher du doigt la misère du monde, la voir de mes yeux, la sentir. Mais il y avait bien plus que ça. Je suis allée me laisser toucher. Ces femmes transportées en camions à bestiaux. Ces travailleuses du sexe qui se battent pour faire valoir leurs droits. Ces paysans chassés de leur village. Ces jeunes violentés, emprisonnés qui croyaient trouver du travail en Thaïlande.
Ces enfants des rues, mendiants puis drogués. Cette capitale qui charrie sa rivière d’iniquités où les miséreux se meurent à quelques mètres des « enclaves pour les riches ».
Les partenaires du CCFD-Terre Solidaire font un travail extraordinaire pour redonner leur dignité à ceux qu’ils accompagnent. Il faut rencontrer ces énergies, écouter ces récits de militants, toucher ces mains bâtisseuses de solidarité, répondre aux questions des jeunes assoiffés de démocratie. Et se laisser toucher au plus profond de l’être. Et pleurer. Parce que la misère que génère notre monde est à pleurer. Et ne jamais cesser de se laisser « remuer au dedans de nous-mêmes » comme le Christ.
Se laisser émouvoir, ce n’est pas que des sentiments.
Cette émotion nous met en mouvement. Nous ne pleurons pas sur nous ni sur les miséreux. Nous pleurons de voir comment notre système économique renforce les inégalités ; et de réaliser que nous y participons au nom de la sacro-sainte « mère consommation ». Alors, quand on s’est laissé toucher, remuer jusqu’aux entrailles, il n’est plus question de rentrer tranquillement chez soi pour reprendre son quotidien douillet loin des regards lumineux des enfants, des femmes et des militants.
Cela me fut impossible, c’est impossible encore aujourd’hui et ça le restera longtemps.Alors oui, je suis émue et je m’émeus encore à chaque fois que j’évoque ce séjour, et je veux continuer à m’émouvoir. Cela signifie que ça me remue, que ça me bouge, que ça me fait bouger, que ça me donne envie de faire bouger d’autres personnes pour agir pour plus de solidarité dans notre monde.

Témoignage d’Anissa Léger
Bénévole du CCFD-Terre Solidaire en Bourgogne-Franche-Comté,
au retour d’un voyage au Cambodge à la découverte des conditions de vie des travailleuses du textile

S’APPROCHER

aller à la rencontre des différences pour découvrir l’autre, le tout Autre …
Vivre le carême comme un chemin de reconnaissance
Évoquer le chemin, c’est appeler à « sortir » de chez soi pour « ouvrir » son regard vers celui – celle – ceux que nous ne connaissons pas… pas encore.
Ouvrir la porte… Sortir… Consentir à la découverte et à la rencontre.
Dessiner un chemin, c’est se mettre en marche, avec et vers l’autre, au pas lent – et parfois pesant – du quotidien, avec la patience qui s’impose et l’espérance qui relève les défis, dans l’au-delà de toutes les pesanteurs.
Être en chemin… Être en avenir… Être en devenir… Et, dans la croisée de nos différences, tisser les liens
d’une Terre Solidaire.
Il a dit : « Je suis le chemin. » Je suis venu partager votre Humanité, l’Humanité des chercheurs, de ceux qui marchent sans toujours savoir où les conduit la vie… De ceux qui regardent au loin et de ceux qui ne parviennent plus à relever la tête… de ceux qui sont « sortis », contraints à l’exil ou libres de partir à la recherche d’une terre d’espérance.
Il a dit : « Je suis le chemin et la vérité. » Un chemin qui libère les capacités, les initiatives, les talents et les promesses inscrites en tout homme, en tout enfant, en tout peuple et dans tous les peuples…
Il a dit : « Je suis le chemin et la vérité et la vie. » Un chemin qui rend libre parce qu’il est un chemin intérieur que nous pouvons faire, avec lui et ensemble : de l’approche au partage et du partage à l’amour. La vie, c’est la marche qui donne sens à notre chemin, c’est la reconnaissance : aimer et se savoir aimé.
Vivre le Carême comme un chemin pour devenir un peuple de marcheurs touchés par la beauté de la Création qui nous est confiée… par sa fragilité aussi… Soucieux de prendre soin de celles et ceux qui sont sur le bord du chemin… touchés par la Vérité qui libère et relève.
Prière, jeûne et collecte : chemin, vérité et vie, nous avons reçu pour apprendre à donner ; nous ne pouvons donner que ce que nous avons nous-mêmes reçu ; nous ne pouvons pas ne pas donner à ceux qui espèrent. Le chemin du Carême est celui de la rencontre et de la réciprocité. Devant nous, le Christ, le Fils relevé au matin de Pâques est devenu l’horizon de notre humanité. C’est lui qui tisse entre nous les liens de la solidarité.
Que ce temps du Carême déploie en chacun et entre nous les conditions d’un développement humain et intégral, c’est-à-dire solidaire, pacifique et confiant. C’est dans cet esprit que le CCFD Terre Solidaire mène depuis 1961 une campagne de collecte au nom de la solidarité internationale auprès des paroisses en France.

Père Bruno-Marie DUFFÉ,
Secrétaire du Dicastère de l’Église pour
le Développement Humain Intégral au Vatican,
ancien aumônier du CCFD-Terre Solidaire.

 

 

 

 

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