Solidarité – diaconie

« La diaconie : servir la fraternité à la suite du Christ »

Lorsque l’on veut parler du service du chrétien à l’égard d’autrui, nous employons différents mots : solidarité, fraternité, charité ou encore justice et « option pour les pauvres ». La diaconie est aussi une façon de parler de cet engagement, mais qui se veut plus globale et peut-être plus radicale. Pour en comprendre le sens, nous devons préciser la signification de ces notions voisines qui constituent en fait autant de dimensions de la diaconie.

 

La charité :

L’amour est plus qu’un sentiment ou qu’une disposition intérieure. Parler de charité, c’est dire que l’amour est un engagement envers l’autre qui instaure une relation de vie. Bien qu’on agisse rarement de façon complètement désintéressée, la charité tend vers le bien de l’autre. L’amour de charité (agape) est la source d’un service qui prend soin d’autrui sans aucune condition préalable. Interpellé par un Dieu d’amour, le chrétien peut répondre à son Dieu par un amour le plus gratuit possible. La charité est ainsi au fondement de la diaconie. Celle-ci veut en être le moyen pour agir concrètement, notamment de façon organisée et communautaire, au service de la charité de Dieu qui se donne à l’humanité.

La solidarité :

Comme les êtres humains ne peuvent pas vivre sans liens entre eux, il est important de mettre en place une solidarité afin de défendre des intérêts communs. La solidarité, concept d’origine juridique popularisé par le mouvement ouvrier au XIXe siècle, suppose que des personnes s’engagent sur un pied d’égalité à assumer une charge de responsabilité. On peut rapprocher l’idée de la solidarité de l’Alliance de Dieu et de son peuple. Toutefois, il faut noter que cette Alliance ne suppose pas obligatoirement dès le départ une égalité entre les partenaires, alors que la solidarité s’adresse à des personnes qui sont capables de s’engager, en tant que pairs, dans un contrat. Or, Dieu s’est directement tourné vers les plus faibles pour en faire des partenaires. C’est dans le sens de cette Alliance avec les plus démunis que la diaconie veut aller, en soulignant la dimension théologale de la solidarité.

La fraternité :

Les êtres humains peuvent se reconnaître frères les uns des autres. La fraternité est une donnée à vivre dans des relations proches, mais cela dépend toujours d’une reconnaissance de l’autre comme frère/sœur. Sur le plan politique, la fraternité est une des grandes valeurs républicaines. Pour les chrétiens, fils du même Père, la fraternité est donnée et chacun est ainsi invité à élargir le cercle fraternel pour accueillir toute personne sans discrimination. La fraternité est donc à la fois un don et une tâche, ce qui suppose un compagnonnage quotidien entre les personnes. Elle tend à instaurer une égalité entre elles, ce qui demande une attention constante. La diaconie construit ainsi la fraternité de façon proactive, en mettant en œuvre une réciprocité entre les personnes.

La justice :

Chaque personne a droit à la justice. En effet, chacun doit pouvoir recevoir ce qui lui est dû. La justice vise à accorder à chaque individu ce à quoi il a droit. On reste ici à un niveau de calcul et de répartition des biens. L’Évangile parle de la justice du Royaume qui dépasse la justice humaine. Cela veut dire que, à côté de la justice qui compte, il y a une autre justice qui vient dire la dignité de chaque être humain. Toute justice a besoin d’amour et de gratuité – donc de la charité telle que nous l’avons définie auparavant –pour ne pas se cantonner au plan du calcul. La diaconie cherche ainsi à mettre en œuvre cette justice du Royaume pour reconnaître chaque personne dans sa singularité.

L’option préférentielle pour les pauvres :

Cette option, qu’a officialisée Jean-Paul II, signifie que l’Église doit se soucier des plus pauvres afin de leur permettre d’avoir une vie digne. Au-delà des actions humanitaires, il faut chercher à construire un monde plus juste où les pauvres ne soient plus oubliés. Plus encore, c’est une invitation à reconnaître la dignité de toute personne et sa capacité à contribuer à une humanisation réciproque. La diaconie reconnaît ainsi les pauvres et les souffrants comme acteurs essentiels de cette humanisation et en fait plus qu’une option : une priorité. En définitive, si ce terme de « diaconie » peut paraître exotique ou ésotérique à certains, il faut en souligner la profondeur spirituelle et sociale. Parler de diaconie engage en effet à une véritable conversion du regard, de l’intelligence et du cœur. On peut dire qu’elle récapitule ces différentes approches de l’engagement envers autrui en les enracinant dans la relation au Christ.