Auprès des malades

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Qui d’entre nous, dans sa famille, ses proches, ses amis, n’a pas une personne qui n’a subi la maladie ? La maladie fait partie intégrante de la vie et peut rejoindre toutes les générations. Certaines maladies se guérissent alors que d’autres sont chroniques ou même incurables. Pourquoi souffre-t-on? Au fil d’une vie, la souffrance ouvre un espace de questionnement sur le sens de la vie, sur l’existence du mal, sur la nature humaine.  Souvent, ces questions soulèvent à leur tour des interrogations au sujet de Dieu et de sa relation au monde. Quel est mon rapport à Dieu? Dieu est-il responsable du mal et de la souffrance ? Que désire Dieu pour moi, pour le monde ? Lorsque quelqu’un se pose ces questions, la nature des réponses qu’il parvient à formuler influence sans aucun doute ses représentations de Dieu et sa vision du monde. Et ce sont justement ces représentations et cette vision qui mettent en place des conditions d’espérance.

 Accompagner vers l’Espérance

Toute personne qui intervient en pastorale porte ses propres images de Dieu, tout comme les gens qu’elle côtoie. Ceci est vrai quel que soit son milieu (paroissial, hospitalier, carcéral…), et quels que soient les âges des destinataires de son intervention. L’animatrice d’un groupe d’éveil à la foi, qui dit aux tout-petits que «Dieu a créé le monde et voit tout ce qu’on fait», leur propose une image de Dieu. Le bénévole chaleureux et attentif, qui porte la communion chez une personne âgée, lui présente (peut-être même à son insu) une image de Dieu, à l’opposé du Dieu qu’elle s’imaginait et qu’elle craignait… Comment répondre aux questions évoquées plus haut ? Comment accompagner vers l’espérance les personnes qui se les posent ? Quelques pistes théologiques peuvent orienter notre réflexion.

Dieu et le problème du mal

Dieu est-il responsable de la présence du mal dans le monde ? Comment réconcilier ce mal avec la conception de la bonté et de la toute-puissance divines ? Généralement, il existe deux types de réponse à cette question1. La première suggère que Dieu, tout en ne souhaitant pas la souffrance, aurait permis l’existence du mal. Celui-ci peut être conçu comme une punition ou une conséquence du péché, un moyen de progresser, ou comme découlant de l’imperfection de la Création. On comprend que ce modèle produit des représentations de Dieu contradictoires : pourquoi un Dieu tout puissant, qui nous aime et nous veut du bien, permettrait-il le mal ? Comment pourrait-il rester passif devant nos souffrances ?

Le langage de la croix, en effet, est folie pour ceux qui se perdent, mais pour ceux qui sont en train d’être sauvés, pour nous, il est puissance de Dieu. […] Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes. Première lettre de saint Paul aux Corinthiens (1,18.25)

Le deuxième type de réponse soutient que Dieu n’est pas responsable de l’existence du mal. Celui-ci résulte de la finitude inhérente à la vie. Devant nos souffrances, Dieu ne peut que se laisser émouvoir. Il est allé jusqu’à mettre de côté sa toute-puissance pour se faire solidaire de notre humanité, en son Fils Jésus Christ. Crucifié, il s’est soumis complètement au mal et s’est ainsi révélé être un Dieu de compassion, qui souffre avec nous. Et c’est de la faiblesse de la mort qu’il s’est relevé, vainqueur et vivant, pour nous ouvrir ainsi la vie éternelle.

Nos vies… à la lumière de la résurrection

Jésus guérit les malades

Dans nos pratiques d’accompagnement, nous serons souvent confrontés au problème de Dieu et du mal, et malgré tous les traités philosophiques et théologiques à ce sujet, il restera toujours une part de mystère à accepter. Nous n’avons pas de réponse satisfaisante au pourquoi de la souffrance. Cependant, le questionnement d’une personne qui souffre peut être l’occasion de la rejoindre sur sa route, d’ouvrir avec elle les Écritures, de l’aider à relire sa vie. Dans ses difficultés et ses souffrances, y a-t-il eu des transformations dans lesquelles elle reconnait une présence, une solidarité inattendues ? Habiliter quelqu’un à relire sa vie en s’identifiant à Jésus Christ, mort et ressuscité, c’est baliser sa quête de sens de raisons d’espérer, afin qu’il poursuive son chemin dans la joie (Actes 8,39).   Bref, si notre mission commune, en Église, en est une d’humanisation du monde, «pour faire advenir le Royaume», ici et dès maintenant, ne faudrait-il pas veiller à ce que le Dieu de Jésus Christ que nous annonçons soit proposé selon des représentations saines et fécondes, c’est-à-dire porteuses de vie ?

 
Source : Sabrina Di Matteo – Diocèse de Montréal