La mort et le deuil

Vivre le deuil serait-il devenu un tabou social? Les personnes frappées par la mort d’un être cher ou une autre perte importante n’ont presque plus le temps de traverser cette douloureuse étape avec leurs proches. 

prendre le temps du deuil…

Certaines situations sont d’une telle tristesse qu’elles nous désarment et nous laissent complètement démunis. Un jeune enfant a été fauché par une automobile. Un autre s’est noyé dans la piscine familiale. Un adolescent s’est suicidé. Une jeune mère vient de mourir d’un cancer. On s’adresse à l’Église pour « célébrer » cette terrible tristesse, cette douleur, ce désarroi, cette détresse, cette fin de vie qui jamais n’aurait dû advenir ainsi. « Pourquoi cela est-il arrivé ? », nous demandera-t-on peut-être. Certaines questions seront plus précises : « Pourquoi Dieu a-t-il permis cela ? » ; « Pourquoi m’a-t-il fait cela ? » Il n’y aucune réponse qui puisse refermer de telles blessures, aucune qui puisse expliquer ce qui est advenu. Pas pour l’instant, en tout cas. On n’explique pas l’inexplicable. Il faut laisser les pleurs pleurer, les cris crier. Il faut savoir tout écouter en silence, et durant de longs silences. Ainsi fit Jésus lorsqu’il s’approcha de ces deux disciples qui fuyaient Jérusalem où ils avaient été tellement déçus. Non seulement les écouta-t-il, mais il les aida à dire leur profonde déception.

La peur de la mort

Dans nos sociétés, la mort est à la fois très présente (« La mort est partout, les morts nulle part… » Damien Le Guay) et considérée comme un tabou : nous avons perdu la familiarité naturelle des sociétés traditionnelles avec elle. Aussi, plus on cache la mort, plus l’angoisse augmente, prenant des formes destructrices multiples : fuite en avant vers des paradis artificiels, actes de désespoir, troubles psychiques… Il n’est que de noter la multiplication des cellules psychologiques qui semblent devenues nécessité pour aider notamment les victimes de deuils.

« La civilisation contemporaine fait tout ce qui est en son pouvoir pour détourner la conscience humaine de l’inéluctable réalité de la mort, en tentant de pousser l’homme à vivre comme si la mort n’existait pas. La réalité de la mort est cependant évidente. Il n’est pas possible de la faire taire ; il n’est pas possible de dissiper la peur qui l’accompagne. L’homme craint la mort, comme il craint ce qui vient après la mort. » (Jean Paul II, Homélie 23 avril 1995)

« Les peurs, les interrogations, les doutes et les désirs sont toujours présents au cours de la dernière étape de la vie. Les chrétiens doivent eux aussi affronter la peur et la mort, qui est le dernier ennemi, comme le dit l’Ecriture Sainte (cf. 1 Co 15, 26 ; Ap 20, 14) » (Jean Paul II, Message aux personnes malades, Vienne, Autriche, 21 juin 1998)

C’est pourtant au cœur de cette si grande angoisse que « …la foi pénètre la mort d’un sens positif, parce qu’elle a pour perspective la résurrection. Si nous répondons librement à l’amour que Dieu nous offre, nous aurons une nouvelle naissance, dans la joie et la lumière, un nouveau dies natalis (jour de naissance). » (Jean Paul II, Audience 14 décembre 1989)