Le célibat des prêtres – lettre ouverte du Père Benoit Bertrand

D Rapion 25 mai 2012 0

Dans une lettre ouverte adressée au journal Presse Océan le 21 septembre 2011, le Père Benoit Bertrand, Vicaire général du diocèse de Nantes, explique l’enjeu de l’engagement à vivre  dans le célibat. 

 (…)Il est des moments plus difficiles que d’autres pour prendre la décision d’écrire. Je décide de le faire aujourd’hui, suite aux articles des récentes éditions de Presse Océan, assuré de la confiance que nous souhaitons instaurer réciproquement entre le diocèse de Nantes et la presse locale. Je décide également de vous adresser ce courrier après avoir entendu de nombreuses réactions de prêtres et de laïcs du département. Je me permets donc quelques réflexions pour le moins étonnées !

Il a été demandé à un prêtre du diocèse de Nantes, pour les raisons que vous connaissez, d’arrêter l’exercice de son ministère. L’engagement des prêtres dans le célibat peut légitimement interroger : choisir le célibat consacré,  pourquoi ? Dans la société actuelle, des questions peuvent donc être posées. C’est d’ailleurs l’un des motifs du célibat des prêtres et des religieux : poser question, être un signe paradoxal au nom de l’Evangile… Votre journal, avec les faits de société qu’il apporte chaque jour, est donc amené à informer, hiérarchiser, commenter, illustrer, décrypter… C’est votre métier de journaliste. Et vous le faites assurément de votre mieux dans le contexte éprouvant de la concurrence !

Mais dans cet évènement, en dehors des questions de personne qui, vous le percevez aisément, éprouvent bon nombre de catholiques, certains aspects du traitement de l’information ont été, à mes yeux, tout simplement indignes. « Un prêtre sur cinq concerné ? Un sur quatre ? ». Quel sérieux recouvrent ces chiffres fantaisistes ? Quelle vérification consciencieuse de vos sources ? Quels témoignages contradictoires dans les interviews à Pornichet ? Pensez-vous vraiment que les avis soient, à ce point, unanimes ? Quel droit de réponse à ce sujet ? Vous jetez ainsi le discrédit et la suspicion sur l’ensemble du clergé nantais. Je suis prêtre depuis 20 ans et désormais Vicaire général du diocèse de Nantes. Je connais bien les frères prêtres de notre département. Ils ne sont pas ce que vous dites. La preuve : cet événement, pour nous douloureux, est assez exceptionnel pour que vous en fassiez une telle publicité. Je veux vous redire, et de nombreux catholiques pourraient en témoigner, que le clergé nantais est fidèle aux engagements pris et reçus librement le jour de l’ordination sacerdotale. Par ailleurs, je suis le témoin édifié du courage des prêtres, de leur sens du service et de leur engagement apostolique à l’âge où beaucoup sont en retraite.

Par ailleurs, après avoir annoncé, avec distraction,  au début de l’article «l’origine du christianisme, c’est-à-dire de l’an 33 avant Jésus-Christ », on nous informe que   « jusqu’à l’an 500, la question du mariage des prêtres ne se posait pas ». Votre historien, appelé comme expert, semble ignorer le concile d’Elvire, en 306, à partir duquel le célibat des prêtres n’a cessé d’être affirmé en passant par les décrétales du pape saint Sixte (386), les instructions d’Innocent 1er (402-417). Cela ne dit-il pas le manque de sérieux, de l’écriture et de la relecture, de l’article qui se voulait pourtant être une prise de recul favorisant la réflexion ?

Pour aborder la question du célibat sacerdotal, il convient de ne pas en rester aux divers aspects strictement historiques, psychologiques, économiques ou sociologiques qui, néanmoins, ne doivent pas être oubliés. Sans vouloir demander à un organe de presse d’en faire une sorte d’apologie, il faut aussi aller plus loin et plus profond. Le célibat des prêtres est bien de l’ordre d’une vocation c’est-à-dire d’une réponse à un appel de Dieu et de l’Eglise au don exclusif d’eux-mêmes. Il s’agit de vivre avec un cœur sans partage pour Dieu seul en étant au service des communautés chrétiennes vers lesquelles ils sont envoyés par leur évêque. Dans un document datant de 1992, Jean-Paul II écrivait : « Pour une vie spirituelle authentique, le prêtre doit considérer et vivre le célibat non comme un élément isolé ou purement négatif, mais comme un des aspects d’une orientation positive, spécifique et caractéristique de sa personne ». Il s’agit pour lui de suivre et d’imiter Jésus, le Pasteur des pasteurs, célibataire et totalement donné à tous. C’est par amour pour Dieu et pour les hommes, et non par renoncement à l’amour, que les prêtres choisissent de vivre le sacerdoce dans le célibat. C’est à cette lumière qu’on peut comprendre et, finalement, apprécier les motifs évangéliques et pastoraux du choix pluriséculaire de l’Eglise d’Occident.

Dans notre monde et de tous temps, la fidélité à la personne du Christ et à son enseignement a toujours été un combat. Cette fidélité n’est ni immobilisme, ni stabilité. L’amour qui veut durer est inventif, créatif. Le sacerdoce, vécu dans le célibat, est un don de soi renouvelé chaque jour s’il ne veut pas être qu’une fidélité à un passé. Certes, des personnes souhaitent parfois remettre en cause l’engagement au célibat et demandent la possibilité d’ordonner des hommes mariés. Si cette perspective devait être réfléchie et mise à l’ordre du jour, elle poserait, de toute évidence, d’autres questions liées également à la fidélité des engagements… Personnellement, j’adhère, et de grand cœur, à la discipline actuelle de l’Eglise catholique. (…)

 Père Benoît Bertrand 

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