Soyons des artisans de paix

D Rapion 3 février 2015 0
La Colombe de la paix

Œuvre de Guy Breniaux

Cette année, les échanges de vœux en familles, entre collègues et voisins se sont déroulés dans un climat lourd. La violence meurtrière et barbare des attentats de la région parisienne nous a bouleversés. Dans les jours qui ont suivi, je me suis souvenu de la mission que nous donne le Pape François : « nous tous les chrétiens, petits mais forts dans l’amour de Dieu, comme saint François d’Assise, nous sommes appelés à prendre soin de la fragilité du peuple et du monde dans lequel nous vivons »¹. Notre monde est fragile en effet, la démocratie, la fraternité, la paix aussi. On pourrait penser trop vite que ces valeurs vont de soi. Or, elles se conquièrent chaque jour.

La violence est sans doute un des grands mystères de notre vie humaine. Comment se fait-il qu’il y en ait tant dans le monde ? Comment se fait-il qu’il soit parfois si difficile de vivre ensemble ? Comment se fait-il que tant de propos échangés sont parfois durs, agressifs ? La parole de l’Écriture est pleine de sagesse : « Une réponse paisible calme la fureur, un mot blessant déclenche la colère » (Pr 15, 1). La violence qui nous habite ne se convertit en douceur qu’au prix d’un long combat. J’ai aimé lire d’Etty Hillesum, cette femme juive morte en déportation : « que chacun de nous fasse un retour sur lui-même et extirpe et anéantisse en lui tout ce qu’il croit devoir anéantir chez les autres. Et soyons bien convaincus que le moindre atome de haine que nous ajoutons à ce monde nous le rend plus inhospitalier qu’il n’est déjà ».

Violence verbale, mais aussi violence des pensées : en nous se déroule parfois un procès à huis clos. Un moine anonyme a publié il y a quelques années un petit livre où il évoque ce procès : « Observe, dit-il, ne serait-ce qu’un seul jour, le cours de tes pensées : tu seras surpris de la fréquence et de la vivacité de tes critiques internes avec des interlocuteurs imaginaires, sinon avec ceux qui t’entourent. D’où viennent-elles en général ? De là : le mécontentement à cause des supérieurs qui ne nous aiment pas, ne nous estiment pas, ne nous comprennent pas ; ils sont sévères, injustes ou trop mesquins avec nous ou d’autres ‘opprimés’. Nous sommes mécontents de nos frères, peu compréhensifs, entêtés, superficiels, désordonnés ou injurieux. Alors dans notre esprit se crée un tribunal, dans lequel nous sommes président, juge et juré ; rarement avocat, sauf en notre faveur. »
« Heureux les doux, Heureux les artisans de paix » proclame le Christ dans son grand discours des Béatitudes. Ils sont au service de cette douceur évangélique, ils sont artisans de paix, tous ceux qui œuvrent concrètement pour la dignité, le respect des personnes blessées, fragiles, ou simplement différentes de nous. Si nous n’allons pas à la rencontre des gens, nous fantasmons sur eux. Il y a besoin de sortir, de favoriser la rencontre tant qu’elle est possible. Je pense à la récente inauguration de la maison Lazare à Nantes, mais aussi à « Brin de causette » fondée par Marion Cahour, à « l’écoute de la rue », au « logis Saint Jean », à « l’accueil d’abord », au Secours catholique et aux équipes Saint-Vincent-de-Paul, et tant d’autres dans les quartiers, qui cherchent à apporter le réconfort d’une présence, d’un toit, d’un service, qui cherchent à briser le mur de la violence pour créer des ponts. Et, grâce à de nombreuses personnes, services diocésains et associations, nous poursuivons, coûte que coûte, le dialogue interreligieux.

J’ai aimé un conte amérindien reçu à l’occasion des vœux. Un vieil Indien explique à son petit-fils que chacun de nous a en lui deux loups qui se livrent bataille. Le premier loup représente la sérénité, l’amour, la gentillesse. Le second loup représente la peur, l’avidité et la haine. « Lequel des deux loups gagne ? » demande l’enfant. « Celui que l’on nourrit », répond le grand-père.

+ Jean-Paul James
évêque de Nantes

1) Pape François, « la joie de l’Évangile », n°216

 

 

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