11 janvier 2018 : « Pour un temps et pour toujours » – Journée de ressourcement de la Mission St Clair

D. Rapion 19 février 2018 0

Pour un temps et pour toujours

Intervention de Mgr Bernard Charrier le 11 janvier 2018 à la Journée de ressourcement de la Mission Saint Clair

1 – La mission de LEME ne dure qu’un temps.

1.1 – Fidèles du Christ laïcs

Père Bernard Charrier La mission de LEME ne dure qu’un temps. Qu’est-ce que cela veut dire ? Qu’est-ce que cela dit de vous ? On peut voir ici la marque de votre état de vie comme « fidèles du Christ laïcs ». Comme laïcs, le champ de votre mission s’étend en effet au-delà du service que vous accomplissez au sein de la communauté ecclésiale.

Le concile Vatican II dans la constitution sur l’Eglise éclaire cette condition de laïc qui est la vôtre.

« Sous le nom de laïcs, on entend tous les fidèles, en dehors des membres de l’ordre sacré et de l’état religieux, c’est-à-dire les chrétiens qui, étant incorporés au Christ par le baptême, intégrés au Peuple de Dieu, et participants à leur manière de la fonction sacerdotale, prophétique et royale du Christ, exercent pour leur part, dans l’Église et dans le monde, la mission qui est celle de tout le peuple chrétien.

Le caractère séculier est le caractère propre et particulier des laïcs. (…) La vocation propre des laïcs consiste à chercher le règne de Dieu précisément à travers la gérance des choses temporelles qu’ils ordonnent selon Dieu. Ils vivent au milieu du siècle, c’est-à-dire engagés dans tous les divers devoirs et travaux du monde, dans les conditions ordinaires de la vie familiale et sociale dont leur existence est comme tissée. À cette place, ils sont appelés par Dieu pour travailler comme du dedans à la sanctification du monde, à la façon d’un ferment, en exerçant leurs propres charges sous la conduite de l’esprit évangélique, et pour manifester le Christ aux autres avant tout par le témoignage de leur vie, rayonnant de foi, d’espérance et de charité ». (Lumen Gentium n° 31)

1.2 – Laïcs en mission ecclésiale

Pour bien penser cette mission, il nous faut partir de la communauté ecclésiale et de sa mission dans le monde. « Les fidèles y sont tous égaux en dignité en vertu du baptême et à la fois différents selon la diversité de leurs charismes, engagements et fonctions, mais néanmoins solidaires dans une commune responsabilité par l’action de l’Esprit Saint ».

C’est au cœur de ce corps ecclésial du Christ édifié par l’Esprit que quelques-uns parmi les fidèles assument une fonction particulière au service de tous et pour « disposer l’Eglise à sa mission ». C’est bel et bien le service de toute l’Eglise à l’égard du monde en vue du Royaume qui est premier. Les ministères de quelques-uns sont au service du ministère de l’Eglise au cœur de l’histoire. Ceci vaut pour tous les ministères dans leur heureuse diversité et complémentarité, celui de l’évêque, celui des prêtres, celui des diacres et celui des LEME. Alphonse Borras voit là « un des plus beaux fruits de la réception du concile Vatican II que cette éclosion de ministères multiples, variés et complémentaires » (A. Borras – Quand les prêtres viennent à manquer p. 79 s…)

C’est en vertu de votre baptême, en fonction des charismes qui sont les vôtres et en réponse à l’appel de l’Eglise, que vous apportez votre collaboration ministérielle à la mission, pour un temps. Par le sacrement de l’ordre, évêques, prêtres et diacres, reçoivent une grâce qui les destine au ministère « dans tout leur être et pour toute leur vie » (Borras p. 81). Ce ministère ordonné veut signifier qu’il n’y a d’Eglise que par la grâce de Dieu.

1.3 – Pour un temps

Cette mission « pour un temps » vous distingue des fidèles du Christ que sont les prêtres, les diacres, les hommes et les femmes consacrés dans la vie religieuse. Cette différence peut être ressentie et vécue plus ou moins positivement. Il y a là matière à réflexion : comment chacun, chacune d’entre vous, ressent-il ou ressent-elle cette différence ? Pour un temps, n’est-ce pas briser un élan ? Priver la communauté chrétienne d’une compétence, d’une formation acquise ?  A l’inverse, pour un temps, ce peut être le signe d’une mission dont on n’est pas propriétaire. A cet égard, il y a également du « pour un temps » chez les ministres ordonnés. C’est ainsi qu’à 75 ans on devient évêque émérite, ou qu’arrivé à un certain âge un prêtre laisse sa charge de curé pour devenir prêtre auxiliaire. Le « pour un temps » fait corps avec ce que saint Paul nous dit des dons que l’Esprit fait à l’Église. L’Esprit Saint les répand en abondance, mais « chacun reçoit le don de manifester l’Esprit en vue du bien de tous » (1 Co 12, 8), pour construire le corps du Christ.

 

Ce « Pour un temps », que vous donne-t-il à vivre ? Un service qui touche à ce qui nous tient le plus à cœur, la Parole de Dieu, la Bonne Nouvelle de Jésus, Fils de Dieu ; un service reconnu au sein d’une communauté d’Église ; une responsabilité ; une collaboration au sein d’une équipe ; des liens d’amitié entre vous ; une fraternité entre acteurs pastoraux là où vous êtes. Vous êtes aussi témoins de ce que Dieu fait dans les cœurs, témoins d’éveils, de réveils, de recommencements. Ne le cachons pas, il y a aussi toute la part de souffrances liées à l’indifférence, aux refus, aux échecs, aux déceptions, aux relations pastorales quelquefois difficiles.

A travers cette mission et ce qu’elle vous donne à vivre, quel être chrétien êtes-vous devenu, ou devenez-vous ? Quelle expérience spirituelle vous est donnée à vivre ? En disant expérience spirituelle, je veux désigner cette rencontre dont parlait Benoît XVI dans sa première encyclique, « Dieu est amour » : « Nous avons cru à l’amour de Dieu: c’est ainsi que le chrétien peut exprimer le choix fondamental de sa vie. À l’origine du fait d’être chrétien, il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive ». Dans notre société païenne, un tel acte de foi ne va pas de soi. Il en va d’un choix fondamental, éminemment personnel, d’une réponse émerveillée à l’amour de Dieu, de la rencontre qui ouvre l’horizon et donne à la vie son orientation décisive. Il en va d’une rencontre qui ne peut que devenir relation, écoute quotidienne de la voix mystérieuse et amicale qui se fait entendre dans le secret du cœur, aveu tout à la fois de notre amour et de notre misère, prière et offrande, communion dans les épreuves comme dans les joies avec Celui dont en Église nous rappelons la mort, dont nous proclamons la résurrection et dont nous attendons la venue. Quelle expérience spirituelle vous donne à vivre votre mission ?

Parlant de l’expérience spirituelle qu’est la rencontre du Christ, on ne peut oublier cette autre expérience, spirituelle elle aussi, celle de l’Église. Quelle expérience ecclésiale votre mission vous fait-elle vivre ? Quel sens de l’Eglise a-t-elle éveillé et développé en vous ? On connaît l’histoire de Paul, le récit, et même les récits de sa vocation, son chemin de Damas. Étrange expérience que cette voix qui l’arrête et le surprend : « Saul, Saul, pourquoi me persécuter ? – Qui es-tu, Seigneur ? – Je suis Jésus, c’est moi que tu persécutes » (Ac 9). Dans le même temps il est donné à Paul de reconnaître Jésus et son Église. Jésus qui s’est révélé à lui l’envoie à la rencontre d’Ananie et des frères pour y retrouver la vue et y recevoir le baptême. De l’Eglise, Paul donne une vision hautement spirituelle, alors même qu’il en connaît les faiblesses humaines. Voilà ce qu’il en dit dans une de ses lettres :

 « Vous qui autrefois étiez païens, traités de « non-circoncis » par ceux qui se disent circoncis à cause d’une opération pratiquée dans la chair, souvenez-vous donc qu’en ce temps-là vous n’aviez pas le Christ, vous n’aviez pas droit de cité avec Israël, vous étiez étrangers aux alliances et à la promesse, vous n’aviez pas d’espérance et, dans le monde, vous étiez sans Dieu. Mais maintenant, dans le Christ Jésus, vous qui autrefois étiez loin, vous êtes devenus proches par le sang du Christ. (…) Ainsi donc, vous n’êtes plus des étrangers ni des gens de passage, vous êtes concitoyens des saints, vous êtes membres de la famille de Dieu, car vous avez été intégrés dans la construction qui a pour fondations les Apôtres et les prophètes ; et la pierre angulaire, c’est le Christ Jésus lui-même. En lui, toute la construction s’élève harmonieusement pour devenir un temple saint dans le Seigneur. En lui, vous êtes, vous aussi, les éléments d’une même construction pour devenir une demeure de Dieu par l’Esprit Saint » ( Eph 2, 11s…).

2. – La grâce d’être chrétien est pour toujours

S’il y a un « pour un temps », celui de nos activités et responsabilités, il y a aussi, pour nous tous, un « pour toujours », à savoir le don de Dieu, la grâce qui nous a été manifestée. Nous l’avons entendue la nuit de Noël dans la lettre de Paul à Tite :

« La grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes. Elle nous apprend à renoncer à l’impiété et aux convoitises de ce monde, et à vivre dans le temps présent de manière raisonnable, avec justice et piété, attendant que se réalise la bienheureuse espérance : la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur, Jésus Christ. Car il s’est donné pour nous afin de nous racheter de toutes nos fautes, et de nous purifier pour faire de nous son peuple, un peuple ardent à faire le bien » (Tite 2, 11-14).

Le don de Dieu, la grâce par excellence, c’est bien la personne de Jésus. C’est aussi l’Esprit Saint répandu dans nos cœurs, avec la diversité et la multitude de ses dons. Et cela nous est donné au baptême et au jour de notre confirmation.

Ici, je vous invite à ouvrir l’évangile selon saint Luc au chapitre 10. Il y a là un itinéraire qui éclaire le vôtre, comme le mien. Qu’y a-t-il dans ce chapitre 10 de Luc ? Un envoi en mission, un retour de mission, la joie et la prière de louange de Jésus sous l’action de l’Esprit Saint, la joie de ceux qui voient et entendent ce que beaucoup de prophètes ont voulu voir et entendre, l’amour qui conduit à la vie éternelle, un repas chez Marthe et Marie.

2.1 – Un envoi en mission.

C’est le 3ème dans le récit de Luc. Il y a l’envoi des Douze au début du chapitre 9, dans les villages de Galilée. En 9, 52, l’envoi en Samarie de messagers devant lui « pour préparer sa venue » (vraisemblablement encore les Douze, annonçant la mission en Samarie que Luc décrira dans le livre des Actes). Ici, au début du chapitre 10, c’est l’envoi des 72.

D’un chapitre à l’autre on est donc passé de 12 à 72. L’horizon s’est élargi. Pour comprendre il faut revenir en arrière, au ch. 9, verset 51 : « Comme arrivait le temps où il allait être enlevé du monde, Jésus prit résolument la route de Jérusalem. ». C’est une charnière dans l’évangile de Luc. D’un côté le ministère de Jésus en Galilée, de l’autre la longue montée vers Jérusalem et vers Pâque, une perspective déjà présente lors de la scène de la transfiguration où Moïse et Elie parlaient de son départ qui allait s’accomplir à Jérusalem ». D’un chapitre à l’autre, Luc évoque le passage d’un temps à un autre, le temps de Jésus présent au groupe des 12 et le temps où Jésus ne sera plus présent parmi eux, le temps de l’Eglise. Entre ces deux temps, comme pour assurer le passage, la transfiguration, manifestation du mystère du Christ et de sa filiation divine, anticipation de la gloire pascale.

La mission des 72 anticipe elle aussi la mission universelle de l’Eglise (72 = le nombre des nations païennes en Gn 10). C’est le « Seigneur » qui désigna 72 autres disciples. St Luc utilise ici le titre pascal et non pas le nom de Jésus.

Cet envoi en mission est initiative du Seigneur dans notre pauvreté. C’est lui qui les désigne, qui les envoie, devant lui, là où lui-même doit aller. C’est lui qui fait le programme  et qui donne le style, un style d’allure plutôt prophétique. « Priez donc », leur dit-il. « Priez le maître de la moisson d’envoyer… ». Belles et fortes associations entre mission et prière, entre mission et moisson à la fin des temps, entre l’abondance de cette moisson et la pénurie des ouvriers. Comment comprendre tout cela ? La mission reste de bout en bout initiative divine. Le missionnaire ne part pas de lui-même, il est envoyé par le Seigneur. Il récolte les fruits. On pourrait penser à l’image des semailles pour représenter la mission chrétienne. Eh bien non ! Les semailles ont été l’œuvre de Jésus. Il est le Semeur par qui Dieu a donné le meilleur qu’il puisse donner. La terre a été ensemencée. Servir l’Evangile, la Bonne Nouvelle de Jésus Christ demande une fameuse conversion : croire que l’Esprit de Dieu prépare les cœurs et les cultures ; croire que le même Esprit revêt de puissance la Parole évangélique ; reconnaître que nous sommes des « ouvriers », des « envoyés » au service de l’œuvre divine. Vision trop passive de notre rôle et de notre tâche d’homme et de chrétien ? Non, vision qui donne sens, qui associe l’homme et Dieu, l’homme et l’homme, le croyant et l’incroyant, vision qui rétablit la confiance pour libérer des énergies nouvelles.

C’est pourquoi notre pauvreté ne doit pas nous décourager. Elle doit devenir prière. Elle est aussi liberté. Regardez toutes les consignes : « ne vous encombrez pas, ne vous attardez pas, ne vous laissez pas distraire, ne vous dispersez pas. Et puis attendez-vous à des refus ». C’est aussi une manière de participer à la mission de Jésus. Cette pauvreté qui nous donne liberté et se fait prière, doit aussi devenir fraternité : « Il les envoya deux par deux ». Impossible d’être l’envoyé du Seigneur en restant seul. Quels sont nos compagnons de mission ?

2.2 Le retour de mission

Dans les chapitres 9 et 10 de Luc, il y a deux retours de mission : 9, 10 et 10, 17. C’est une fête ces retours. La joie des disciples est grande. Ils ont perçu des signes attestant la présence du Règne de Dieu. Joie du succès. Jésus l’accueille et la partage. Et pourtant, il les emmène plus loin, au-delà de ce succès, à la découverte d’un autre motif de joie : « Réjouissez-vous de ce que vos noms sont inscrits dans les cieux ». Et même, il les conduit au coeur de sa joie à lui. Quelle est-elle cette joie qui l’habite ? C’est que Dieu soit révélé, qu’il soit connu : « A l’instant même, il exulta sous l’action de l’Esprit Saint et dit : Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout petits … Puis il se tourna vers les disciples et leur dit en particulier : Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez ! » (Lc 10, 20 s…). Les grands prophètes avaient espéré le temps où l’homme connaîtrait vraiment Dieu. Tel Jérémie disant : « Ils ne s’instruiront plus entre compagnons, entre frères, répétant :’Apprenez à connaître le Seigneur !’, car ils me connaîtront tous, petits et grands » (Jr 31, 34). Tel Isaïe appelant le jour où « il ne se fera ni mal, ni destruction sur toute ma montagne sainte, car le pays sera rempli de la connaissance du Seigneur comme la mer que comble les eaux » (Is 11, 9). Bref, une vraie connaissance de Dieu qui change la vie et le cœur de l’homme, « qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive » (Benoît XVI) 

J’aime ce texte de Luc qui articule si fort la peine des missionnaires, leur joie et la joie du Fils ; la mission et la révélation du mystère de Dieu, Père, Fils et Esprit. Mieux encore il nous révèle le cœur de la mission : la vraie connaissance de Dieu et celui qui en est l’Acteur principal. La mission, œuvre de Dieu, pour la joie des hommes.

On peut reprendre dans cette perspective le Notre Père donné par Luc au début du chapitre 11. Prière des tout-petits et des frères : « Que ton nom soit sanctifié » (la TOB traduit : Fais-toi reconnaître comme Dieu). Reprendre le Notre Père dans son contenu mais aussi comme prière. Car cette connaissance de Dieu n’est pas le terme d’un effort d’intelligence et de sagesse humaine, mais le fruit d’une révélation, l’objet d’une demande, d’un désir. La mission que Jésus confie requiert des témoins faisant l’expérience de Dieu en Jésus Christ et pas seulement de la main d’œuvre plus ou moins qualifiée. L’eucharistie est elle aussi au cœur de l’expérience des ouvriers du Seigneur, moment de retour et d’envoi, moment de louange, de reconnaissance et de connaissance.

 2.3  Joie de croire, joie d’aimer.

C’est dans ce chapitre 10 que Luc vient placer un grand et beau dialogue avec un légiste autour de la question : « Que dois-je faire pour avoir en partage la vie éternelle ? » Jésus le renvoie à sa compétence d’homme qui connaît les Écritures, peut-être aussi le renvoie-t-il à son expérience religieuse… Et ce dialogue est suivi de la parabole du bon samaritain. Jésus répond à la question du légiste : « Qui est mon prochain ? ». Le bonheur et la vie éternelle sont à chercher de ce côté-là : joie d’aimer Dieu et joie d’aimer son prochain comme soi-même. Au fond l’Évangile nous dit que nous sommes faits pour aimer, que nous sommes des êtres de relation et que notre bonheur est à chercher là. Nos grandes souffrances ne sont-elles pas dans la privation de ces relations, quand un être cher nous est enlevé, quand fait défaut la considération, l’estime, la reconnaissance. Il est aussi une autre cause de souffrance. Juste avant de se retirer, le pape Benoît XVI disait : « La grande souffrance de l’homme c’est celle-ci : derrière le silence de l’univers, derrière les nuages de l’histoire, y a-t-il ou n’y a-t-il pas un Dieu ? Pourquoi ne se fait-il pas entendre ? Évangile, ce mot veut dire : Dieu a rompu son silence, Dieu a parlé, Dieu existe. Il nous connaît, il nous aime. Jésus est sa parole… ». Et notre joie c’est de l’aimer.

2.4 La meilleure part

Le chapitre 10 de Luc s’achève par une scène attachante dans un espace domestique. Peut-être symbolise-t-il l’espace ecclésial, la communauté eucharistique. Comme ils étaient en route, ils s’arrêtèrent dans un village pour faire étape dans une maison amie. Là aussi est le bonheur. Bonheur de l’amitié partagée par Jésus et ses compagnons avec ces deux femmes, Marthe et Marie. Bonheur de l’hospitalité, du service assuré par Marthe que Jésus libère de l’agitation et de l’inquiétude. Bonheur plus grand de Marie qui a choisi la meilleure part. L’amitié est un bonheur. Bonheur aussi l’écoute de la parole de Jésus et la foi en lui.

« On ne peut persévérer dans une évangélisation fervente, si on n’est pas convaincu, en vertu de sa propre expérience, qu’avoir connu Jésus n’est pas la même chose que de ne pas le connaître, que marcher avec lui n’est pas la même chose que marcher à tâtons, que pouvoir l’écouter ou ignorer sa Parole n’est pas la même chose, que pouvoir le contempler, l’adorer, se reposer en lui, ou ne pas pouvoir le faire n’est pas la même chose. Essayer de construire le monde avec son Évangile n’est pas la même chose que de le faire seulement par sa propre raison. Nous savons bien qu’avec lui la vie devient beaucoup plus pleine et qu’avec lui, il est plus facile de trouver un sens à tout. C’est pourquoi nous évangélisons. Le véritable missionnaire, qui ne cesse jamais d’être disciple, sait que Jésus marche avec lui, parle avec lui, respire avec lui, travaille avec lui. Il ressent Jésus vivant avec lui au milieu de l’activité missionnaire. Si quelqu’un ne le découvre pas présent au cœur même de la tâche missionnaire, il perd aussitôt l’enthousiasme et doute de ce qu’il transmet, il manque de force et de passion. Et une personne qui n’est pas convaincue, enthousiaste, sûre, amoureuse, ne convainc personne ». (Pape François Joie de l’Evangile n° 266)

Questions :

  • A la lumière de Luc 10,  quel est le portrait du véritable disciple de Jésus ? (choisi, envoyé, priant, partageant la joie du maître, aimant, écoutant le maître)
  • Votre engagement dans une mission pour un temps, qu’a-t-elle changé dans votre vie ? Quelle sortie ? Quel ailleurs ? Quelle prière ? Quelle liberté ? Quelle fraternité ? Quelle joie ?

 

  1. Et le temps d’après ?

« Celui qui a commencé en vous cette œuvre excellente en poursuivra l’achèvement jusqu’au jour de Jésus Christ » (Ph 1, 6).  A la lumière de cette conviction de l’apôtre Paul, que peut-on dire de ce temps d’après mission ?

C’est toujours le temps de vivre en « disciples-missionnaires », selon l’appel que le pape François lance à tous.  Disciples joyeusement attachés à la personne de Jésus, buvant à la source de la Parole de Dieu. C’est à cette source que l’Eglise a pris naissance. A travers les siècles, c’est à cette source que l’Eglise a retrouvé, par-delà ses infidélités, sa jeunesse et son vrai visage.

C’est toujours le temps de la mission, le temps de mettre au service de tous les dons reçus, de mettre en valeur les talents confiés. C’est donc le temps d’une autre disponibilité, pour d’autres et avec d’autres.

C’est encore et toujours le temps de vivre cette différence chrétienne, en fidélité à notre initiation chrétienne et aux sacrements de cette initiation, le baptême, la confirmation et l’eucharistie. Témoin ce beau document qui date sans doute du 2ème siècle après Jésus Christ. Il est connu sous le titre L’Epître à Diognète. Avec force et limpidité, cette lettre expose la nouveauté du christianisme. Je cite :

« Les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les vêtements… Ils se répartissent dans les cités grecques et barbares suivant le lot échu à chacun ; ils se conforment aux usages locaux pour les vêtements, la nourriture et la manière de vivre, tout en manifestant les lois extraordinaires et vraiment paradoxales de leur république spirituelle… Ils se marient comme tout le monde, ils ont des enfants, mais ils n’abandonnent pas leurs nouveau-nés. Ils partagent tous la même table, mais non la même couche… En un mot, ce qu’est l’âme dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde. L’âme est répandue dans tous les membres du corps comme les chrétiens dans les cités du monde. L’âme habite le corps et pourtant elle n’est pas du corps, comme les chrétiens habitent dans le monde mais ne sont pas du monde…. Si noble est le poste que Dieu leur a assigné, qu’il ne leur est pas permis de déserter ».

Mgr Bernard Charrier
11 janvier 2018

 

 

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