19 juin 2016 : Vive émotion pour le passage de témoin des moines de Melleray

D. Rapion 20 juin 2016 0

L’église de l’Abbaye Notre Dame de Melleray était bien trop petite pour accueillir les nombreux fidèles, ce dimanche 19 juin 2016, venus rendre hommage aux moines cisterciens de Notre Dame de Melleray. De nombreux abbés et abbesses de toute la France, moines et moniales, prêtres et diacres des diocèses voisins, l’évêque émérite de Nantes, Mgr Georges Soubrier, représentants d’autres confessions chrétiennes et de la société civile, ont répondu à l’appel pour rendre grâce avec les moines pour ces 9 siècles de présence en Loire-Atlantique. Gravité et tristesse ont marqué cette célébration de passage de témoin avec ce geste symbolique de la remise de la clé de l’Abbaye par Dom Gérard Meneust, père Abbé de Melleray, au Supérieur et fondateur de la Communauté du Chemin Neuf, le Père Laurent Fabre. Déchirement mais aussi joie! Joie que ce lieu puisse demeurer! Qu’il puisse continuer à être un haut lieu spirituel pour la région avec le charisme et le dynamisme des membres du Chemin Neuf! L’abbaye demeure et avec elle la prière, la célébration de l’eucharistie, l’accueil à l’hôtellerie, l’ouverture aux groupes du diocèse et au- delà le magasin monastique, la vie évangélique. L’Esprit Saint nous réserve bien des surprises ! Et les moines de Melleray continuerons de porter du fruit là où ils seront envoyés; nous pouvons les porter dans notre prière !

Sophie Nouaille

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©Régis Fraslin – Paroisse de Chateaubriant

2016 - 19 juin - Passation Abbaye de Melleray

Homélie de Mgr Jean-Paul James, évêque de Nantes

Et pour vous qui suis-je ? Frères et sœurs, nous entendons la question de Jésus le jour où s’ouvre une page nouvelle de la longue histoire de l’abbaye de Melleray. La question de Jésus est pour les moines cisterciens de l’abbaye, pour les membres de la communauté du Chemin Neuf, pour nous tous, chrétiens de Loire-Atlantique ou d’ailleurs. Comment vivre ce passage de relais entre les moines et les membres du Chemin Neuf ? Dans la foi. C’est un véritable chemin de foi que Jésus nous propose dans l’Evangile : Nous voici invités, par Jésus, à chercher, puis à marcher, et enfin à aimer.

Chercher d’abord. « Oui, je me lèverai, je chercherai celui que mon âme désire ». C’est le cri de la bien-aimée du Cantique des Cantiques, tant de fois commenté par Saint Bernard. Car la vocation monastique, c’est cela : chercher Dieu. Vous, frères moines, entrez au monastère pour chercher Dieu ; nous vos hôtes, venons ici à l’écart, pour chercher Dieu aussi. Chercher Dieu, pas par curiosité. Mais nous nous interrogeons, nous questionnons, nous voulons connaître notre origine, comprendre le sens de notre existence. Et nous sommes accueillis par la question de Jésus : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? ». Le premier pas de notre foi est bien dans cette recherche personnelle et libre par rapport au Christ. « Pour vous qui suis-je ? » A la suite de Saint Pierre, Saint Bernard, votre fondateur, répond : « seul Jésus est miel à la bouche, cantique à l’oreille, joie dans le cœur ». A une époque où on discutait beaucoup, où on s’épuisait même dans des batailles théologiques sans fin, où l’Eglise risquait de se diviser entre deux papes, Saint Bernard rappelle l’essentiel : « Lorsque tu discutes ou que tu parles, rien n’a de saveur pour moi, si je n’ai pas entendu résonner le nom de Jésus ». Voilà ce qui se vit ici depuis 900 ans et qui va continuer à se vivre : c’est un lieu où le Christ est annoncé, où le Christ fait l’unité, je le dis devant les moines, mais aussi devant les membres du Chemin Neuf dont la vocation œcuménique est tellement importante. Ici, la foi chrétienne est proposée, c’est à dire, la rencontre personnelle, intime avec Jésus. Au moment où se vit ce passage de relais, ensemble, nous allons renouveler notre adhésion au Christ, notre désir d’une rencontre personnelle avec le Christ.

Alors, vient la deuxième étape du chemin de foi : marcher avec le Christ, se mettre à son école pour entrer vraiment dans la découverte de sa vie. Une marche que vous avez vécu, ici, frères moines, solidaires de la vie des gens de la région, persuadés que toutes choses sont faites pour nous conduire à Dieu. Cette solidarité avec les gens, vous l’avez exprimée par votre travail, en particulier le travail agricole, soucieux de son développement : il y a eu ici un véritable foyer d’innovation. Mais la marche avec le Christ est parfois difficile, exigeante, décapante. La marche avec le Christ nous conduit à renoncer, à mourir à nous-mêmes c’est-à-dire mourir tout d’abord à ce que l’on pense comprendre du Seigneur. Un personnage de la légende du Grand inquisiteur s’exclame : « O Christ ! Comme tu nous as dérangés ! ». Chacun de nous peut le dire, affronté à la difficulté d’un engagement, à la souffrance, à la trahison d’un ami, à la maladie. Nous pouvons le dire quand une étape nouvelle de notre vie ou de la vie de cette abbaye cistercienne se présente à nous . « O Christ comme tu nous a dérangés ». C’est le chemin de foi de Pierre et le nôtre, rapporté par l’Evangile. Pierre proclame, enthousiaste : oui Jésus est le Messie. Mais quel messie ? Triomphant ? tout-puissant qui va bousculer le pouvoir d’Hérode, délivrer Israël de l’occupation romaine ? Jésus présente le Messie arrêté, condamné, mis à mort, avant de ressusciter. Cela veut dire que le salut qu’il vient opérer parmi les hommes n’est pas celui auquel tout le monde pense. Ce n’est pas un salut de puissance, un salut qui écarte les difficultés, c’est un salut qui s’accomplit dans le don de sa vie.

Voilà pourquoi, étape suivante du chemin de foi, on ne peut croire sans aimer. Sans s’ouvrir de tout son être à cet amour que Dieu nous porte. Comment est-il possible d’être heureux en vivant les béatitudes, en vivant les vœux évangéliques ? Saint Bernard répète : « Cela est possible si dans ta vie il y a l’amour ». On ne peut croire sans se donner effectivement. Alors que nous fêtons le 20ème anniversaire des moines de Tibhirine, je veux citer l’un d’eux, frère Christophe : « Je suis aimé : cette certitude s’impose à moi, doucement, avec force, en moi et m’oblige au don, afin que le monde sache qu’il est aimé d’amour ». Frères et sœurs moines et moniales, consacrés, en chantant la liturgie des Heures, en célébrant l’Eucharistie, vous présentez à Dieu, la vie de tant de chrétiens qui peinent sur les chemins de ce monde, qui peinent sur les chemins de la foi. Vous les présentez à Dieu, vous intercédez pour ceux qui doutent, qui tremblent, qui tombent. Si l’ambition du moine est de chercher Dieu, ce n’est pas pour sa propre satisfaction ; c’est pour Le donner aux autres, par amour. Voilà pourquoi il faut qu’à coté des bureaux et des ordinateurs, ne manquent jamais les clochers des églises, l’enceinte des monastères et des centres spirituels sinon notre vie serait insensée. Nous serions condamnés à vivre dans un univers aux dimensions de l’homme. Trop étriqué, cet univers ! Le Christ nous introduit à plus haut, plus grand, plus beau. C’est de cela dont vous êtes les témoins ! « Ces lieux apparemment inutiles, sont en réalité indispensables comme les poumons verts d’une ville : ils font du bien à tous » (Cardinal Tauran ). Frères moines, là où vous serez, continuez à nous aider à apprécier la vie intérieure, le silence, l’écoute et l’accueil. Et vous frères et sœurs du Chemin Neuf, continuez à faire de cette abbaye, un lieu de force spirituelle pour les habitants de la région. Et nous, frères et sœurs chrétiens de Loire-Atlantique et d’ailleurs, nous continuerons à marcher sur le chemin de la foi, chemin toujours nouveau, aux côtés de Notre Seigneur. Son amour nous donne des raisons de vivre et d’espérer.

Amen.

 

 

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