Pour une Église plus sûre : toute la communauté est concernée et convoquée

D. Rapion 21 mars 2019 0

Un public attentif À Nantes, mercredi dernier, 20 mars 2019, 170 personnes ont participé à une journée diocésaine animée par le père Stéphane Joulain. Originaire du diocèse, ce Père Blanc est psychothérapeute, spécialisé dans le traitement des agressions sexuelles sur mineurs. La rencontre s’est déroulée en deux temps : d’abord l’accueil de la situation actuelle et des répercussions sur chacun, le père Joulain souhaitant que chacun puisse s’exprimer. Ensuite il a conduit une réflexion sur la façon dont nous faisons Église et la gestion des rapports entre pouvoir et confiance, respect des frontières et des limites.

Père Stéphane Joulain« Cette question des abus sexuels poursuit l’Église depuis les premiers siècles », affirme le Père Joulain. Il évoque les combats de saint Pierre-Damien et de Léon IX autour de l’an 1000 alors que bon nombre de clercs, de prêtres et de moines, menaient une vie débauchée, faisant le constat que les méthodes de lutte utilisées depuis toujours (restrictions, sanctions et recadrage) n’ont jamais permis de stopper ce fléau. Stéphane Joulain en déduit qu’il faut mettre d’autres méthodes en œuvre, des mesures tout aussi exigeantes, pour lesquelles toute la communauté doit se mobiliser. « L’Église est un système qui fonctionne sur la confiance, mais quand, dans les dossiers de certains prêtres on lit qu’ils ont une grande aptitude à animer des groupes d’enfants, qu’ils s’y consacrent et qu’ils seront de bons apôtres de la jeunesse, mais qu’ils ont du mal avec l’autorité et le travail avec d’autres prêtres… On doit se poser des questions. »

L’enjeu concerne toute la communauté chrétienne, c’est elle dans son ensemble qui rendra l’Église sûre pour les plus petits. La confiance doit être encadrée, une confiance aveugle est risquée. Alors le psychothérapeute avance 3 clés dans la prévention :

1. S’assurer que les gens qui sont en contact avec les enfants sont sûrs.

« Il faut pouvoir dire aux familles : “ voilà comment on veut se comporter avec vos enfants, voilà ce qu’on propose comme activités, est-ce que vous êtes d’accord avec cela ? ” Ce code vaut pour engagement et doit être signé par ceux qui vont animer les activités, mais aussi par les familles et les enfants concernés. »

2. Vérifier que les lieux sont sûrs.

« Il ne faut pas être naïf, nous devons prendre conscience que laisser un enfant seul avec un adulte peut être source de risque. Il faut mettre en œuvre des espaces sécurisés, où n’importe qui peut entrer et voir ce qui se passe. »

3. Prévoir des activités sans danger pour les enfants (dans le cadre de camps, voyages, randonnées…).

« Ensuite, il faut aussi mettre en œuvre un protocole d’intervention. L’accompagnement spirituel et la supervision des prêtres est un autre enjeu : on est tous responsables de nos actes, on doit donc être transparent sur ceux-ci, et pouvoir en rendre compte. Tous les prêtres n’ont pas d’accompagnateur spirituel. Certains se reposent sur la retraite annuelle. Il faut vraiment les encourager à voir quelqu’un chaque mois, pour leur bien-être, pour être membre de la communauté et pour ne pas se retrouver “ autoguidé ”. »

Combattre l'abus sexuel des enfantsAu-delà de tout cela, il faut que le tabou sur la sexualité disparaisse.

La famille doit être le premier lieu de l’éducation affective et sexuelle. « Comment pensez-vous que la sexualité va émerger dans la vie de vos enfants, si vous n’en parlez pas ? » interroge le père Joulain. L’Église peut accompagner par l’apprentissage des relations saines à l’autre, du respect des frontières. Pour cela, il faut aussi éduquer le clergé, les agents pastoraux…

Aujourd’hui cette préoccupation est présente dans la formation des séminaristes. Des supérieurs font intervenir des médecins, psychologues, pour parler d’amour, de relation, de gestion de l’affectivité et de la chasteté.

Propos recueillis par Isabelle Nagard
Extraits d’un article à paraître dans la revue « Eglise en Loire-Atlantique – avril 2019 ».

 

 

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