Dimanche 17 juin – Homélie de Mgr Jean-Paul James – “Parlant à la foule en paraboles, Jésus disait…”

D Rapion 17 juin 2012 0

Dimanche 17 Juin 2012  – Cathédrale de Nantes

 avec les néophytes adultes du diocèse qui ont reçu le Sacrement de baptême et  de confirmation en 2011

La fin de l’année scolaire est proche. Pour certains, c’est déjà l’heure des bilans. Quels fruits recueillons-nous de notre travail, de nos engagements ? Par exemple, dans cette cathédrale, depuis septembre dernier, tant de groupes se sont réunis : lors de la vigile pascale, les quatre baptisés, leurs familles, leurs amis. Ou encore les 100 confirmands du jour de pentecôte et leurs familles.  Il y a quinze jours, 2500 jeunes présents  au rassemblement Happy day. Quels fruits à tous ces rassemblements ? Parfois, la fatigue d’une fin d’année nous entraîne à la morosité, au découragement : à quoi bon nos engagements ? Les fruits, on ne les voit pas ! Le monde est aussi indifférent à la religion ! Ces deux paraboles de l’Evangile sont donc pour nous. Pourquoi Jésus parle-t-il ainsi en paraboles ? Et que disent ces paraboles ? A quoi nous invitent-elles ?

 Oui, pourquoi Jésus parle ainsi avec ces petites histoires qu’on appelle paraboles ? Qu’a-t-il dans le cœur pour s’adresser ainsi à nous ?  Jésus n’est pas quelqu’un qui va chercher dans les encyclopédies, sur Wikipédia, ce qu’il va pouvoir dire à ses amis de la religion. Quand il parle, cela jaillit de son cœur. Il est habité par l’urgence de parler de Dieu, du Royaume de Dieu. Il est venu pour cela, pour révéler vraiment qui est Dieu, qui nous sommes. Mais il parle à des gens qui ne comprennent pas, des gens hésitants, méfiants, polémiques parfois. Alors un peu comme le torrent de montagne, avec la puissance du courant, l’eau contourne les pierres de nos cœurs, Jésus surmonte les obstacles : une image jaillit de son cœur, une image qu’il prend dans la vie quotidienne : Dieu, le Royaume de Dieu, ça ressemble à… C’est comme… Il est tellement habité par le désir de transmettre ce qui habite son cœur. Souvent, cet élan, ce dynamisme, cette passion nous font défaut, quand nous voulons évoquer notre foi. Alors, nous prenons toutes les assurances ;  nous allons fouiller les livres ; nous allons demander à un tel et un tel… Et puis, prudemment,  la réponse vient, parfois, sans saveur, sage, trop sage… Aujourd’hui, Jésus nous invite à faire appel à la Source d’eau vive qui coule en nous depuis notre baptême, avec la force, la puissance d’un torrent. Et de là jailliront des paroles.  Je n’oublie pas l’histoire d’une mamie à qui son petit-fils demandait pourquoi elle allait ainsi à la messe le dimanche ; la mamie prise de court, me dit : ça a jailli de moi : c’est comme un rendez-vous d’amour ! La réponse a touché !


Pour Jésus le mystère de Dieu est si grand qu’il multiplie les paraboles. Car aucune n’épuise le mystère. Pour  approcher le mystère de Dieu il faut tellement d’images, de comparaisons, d’histoires : il est semblable, à une graine, à un filet, à un champ, il est semblable à un homme qui a trouvé un trésor.. Tant d’images de Jésus, de réponses qui jaillissent de son cœur.

 Mais il y a les deux d’aujourd’hui. Elles s’adressent à la foule présente. Une foule lassée de l’occupation romaine, épuisée par la violence, inquiète du silence apparent de Dieu. C’est parfois notre état d’esprit à la fin de cette année : Tant d’incertitudes au plan économique, international. Lassitude par rapport aux critiques faites à l’Eglise, aux crises qu’elle peut traverser. Quand ce n’est pas en France, ou en Autriche, c’est au Vatican !  Alors, on se demande à quoi servent nos engagements. C’est vrai aussi pour nous-mêmes : je me souviens de la lettre d’un jeune néophyte, lorsque quelques mois après le baptême,  arrivent  les rechutes, les attitudes qui faisaient penser plus au vieil homme qu’à l’homme nouveau ! Il écrit : « je voudrais tellement entendre de mes proches : mais on ne te reconnaît plus ! J’ai parfois l’impression qu’on me reconnaît trop bien ! ». Devant la foule découragée, Jésus évoque son désir de semer la Parole, quel que soit le terrain, sans attendre de meilleures conditions. Ce n’est pas parce qu’il rencontre les obstacles, qu’il ne voit rien lever qu’il arrête sa mission, au contraire ! Sans se décourager, il continue. Et il a l’assurance qu’elle produira du fruit dans nos vies ! Il faut du temps, peu importe ! Je pense à une maman qui a demandé le baptême. Elle avait accepté, un peu à contre-cœur, le mariage religieux à cause de son mari. Après dix ans de mariage, tellement touchée par l’amour de son conjoint, par son respect, elle demande à son tour à être baptisée. Il faut du temps, parfois très long ! C’est la parabole du grain de sénevé. Jésus dit aux apôtres qui s’inquiétaient de leur petit nombre : n’ayez pas peur ! Ne prétendez pas avoir tout de suite les résultats ! Laissez germer et pousser ! Mais soyez en sûrs, avec peu, le Seigneur produira beaucoup.

Alors, à quoi cela nous appelle à la fin de cette année ? Peut-être à la prière : Seigneur, fais grandir ma foi ! Mais, je crois aussi,  à cultiver la confiance. Pour cela, je suggère trois pistes  : 

Grandir dans la confiance au Christ, en vivant l’instant présent. Il y a deux poisons dans notre vie : les regrets pour le passé, du style : j’aurais dû, on aurait dû, l’Eglise aurait dû ; ça engendre la tristesse. Et puis tous les « et si.. », et s’il m’arrive tel événement… Et si le pape, et si l’Eglise… Les inquiétudes pour l’avenir sont mortifères. Vivre l’instant présent par le Christ, avec Lui, et en Lui.

Deuxième piste : grandir dans la confiance au Christ en vivant le possible. Le Seigneur ne demande l’impossible à personne. Il nous demande tout notre possible mais rien que le possible. A lui l’impossible. Bien des tensions s’apaiseraient, si nous l’admettions. Nous ne sommes pas les sauveurs des autres, de l’Eglise ou du monde. Un seul l’est : le Christ.

Troisième piste : vivre dans le désir, les désirs vrais, pas les petites envies, le vrai désir oui car celui qui ne désire plus rien est déjà mort. Si les entraîneurs ne désiraient rien pour leur équipe de foot, elles ne gagneraient jamais. Pendant les vacances prochaines,  réveillons nos désirs vrais : désir d’aimer davantage le Seigneur, de mieux le faire connaître, désir de l’unité de l’Eglise, et la Paix pour le monde. Ce désir rejoint le tien, Seigneur Jésus : à qui irions-nous, Tu es le Chemin, la Vérité, la Vie.

Amen.

 + Mgr Jean-Paul James,
évêque de Nantes

 

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