Année Sainte de la Miséricorde

D. Rapion 9 décembre 2015 0

Misécordieux comme le Père« Il y a des moments, écrit le pape François, où nous sommes appelés de façon encore plus pressante, à fixer notre regard sur la miséricorde, afin de devenir nous aussi signe efficace de l’agir du Père. C’est la raison pour la laquelle j’ai voulu ce Jubilé Extraordinaire de la Miséricorde, comme un temps favorable pour l’Eglise, afin que le témoignage rendu par les croyants soit plus fort et plus efficace ». C’est avec ces mots que le pape François a décidé, dans la surprise générale le 11 avril dernier en la veille du 2ème dimanche de Pâques dimanche de la Divine Miséricorde, une Année Sainte.
Il s’agit pour l’Eglise, nos communautés chrétiennes, nos paroisses et mouvements, de faire écho à la Parole de Dieu, une Parole forte, convaincante. Que l’Eglise ne se lasse jamais d’offrir la Miséricorde, qu’elle soit toujours patiente pour encourager, pardonner, annoncer la Miséricorde.

Année Sainte

Une Année Sainte ou Jubilé est, dans l’Eglise catholique romaine, une célébration destinée à raviver la foi des catholiques. Elle prend habituellement place tous les 25 ans, et exceptionnellement à d’autres occasions. Il s’agit d’un grand événement festif ! Les jeunes des JMJ le célèbreront à leur manière à Cracovie…

L’Année jubilaire remontent au temps de Moïse. A cette époque, le Lévitique prescrivait un jubilé tous les 50 ans. Les Hébreux fêtaient ainsi leur libération de l’exil de Babylone : « Vous déclarerez sainte cette cinquantième année et proclamerez l’affranchissement de tous les habitants du pays. Ce sera pour vous un jubilé… vous ne sèmerez pas, vous ne moissonnerez pas les épis qui n’auront pas été mis en gerbe, vous ne vendangerez pas les ceps qui auront poussé librement. Le jubilé sera pour vous chose sainte, vous mangerez des produits des champs.» (Lév 25, 10-13).

Aujourd’hui les papes, avec la grâce jubilaire, stimulent la prière des croyants, leur esprit de pénitence, de réconciliation et de conversion. Ils invitent les catholiques à développer leur sens de l’Eglise qui les appelle à être, selon la belle expression de François, des « disciples-missionnaires ».

Ce temps particulier implique un chemin de préparation des fidèles suite à la promulgation de la Bulle du pape François : « Visage de la Miséricorde ». Ce texte magnifique peut aider les fidèles à vivre cette Année jubilaire avec les grâces que le Père des Miséricordes répand sur eux depuis toujours.

 

La corne de bélier

La corne de bélier, « yobel » en hébreu, servait à sonner « l'Année Sainte ». Elle a donné le mot « jubilé ».

Miséricorde

La Miséricorde est un sujet fondamental pour notre XXIème siècle, c’est aussi un pilier de la vie de notre Eglise. Déjà le 11 octobre 1962, le bon pape Jean XXIII, lors du discours d’ouverture du concile Vatican II, affirmait : « Aujourd’hui, l’Epouse du Christ préfère recourir au remède de la miséricorde, plutôt que de brandir les armes de la sévérité ». Jean-Paul II a poursuit et approfondit ce que Jean XXIII avait amorcé. Il suffit de lire sa 2ème encyclique ; elle fut consacrée à la miséricorde divine, Dives et misericordia en 1980. On sait aussi que la 1ère canonisation du IIIème millénaire, le 30 avril 2000, ne fut pas laissée au hasard. Elle fut choisie en lien avec ce thème de la Miséricorde. Ce jour-là, Jean-Paul II a canonisé Sr Faustine, mystique polonaise. Cette simple sœur est allée plus loin que la théologie scolastique, les enseignements sur les attributs et les qualités de Dieu. Elle a parlé de la Miséricorde divine comme de la perfection divine par excellence. On se souvient aussi que Benoit XVI, dans son encyclique L’amour dans la vérité (2009), avait centré sa réflexion sur l’amour comme principe fondamental de la Doctrine sociale de l’Eglise et posait un éclairage nouveau sur la Miséricorde : « Rencontrer le Christ signifie rencontrer la miséricorde de Dieu. Le mandat du Christ est devenu notre mandat… nous sommes appelés à promulguer, non seulement à travers nos paroles mais également notre vie, l’année de grâce du Seigneur ». Le mot latin misericordia réuni deux mots : « misère » et « cœur ». Littéralement c’est avoir son cœur (cor) auprès des pauvres (miseri), avoir un cœur qui bat pour les pauvres. C’est le sentiment que la misère d’autrui touche notre cœur. La Miséricorde exprime la bienveillance, la compassion de celui dont le cœur est attentif à la misère. On évoque ici à la fois l’amour partagé et le souci du bonheur de l’autre. La bible l’exprime par plusieurs termes : les entrailles de Dieu (en hébreu rahamim) qui évoquent le sein maternel (rehem). La pitié (en grec éléos, comme dans Kyrie eleison) exprime la souffrance de celui qui voit la détresse de l’autre sans la connotation un peu méprisante d’aujourd’hui.
On le sait, c’est l’évangéliste Luc qui mettra le plus en valeur la Miséricorde divine. Il rédige son Evangile affirmant que la Miséricorde de Dieu dépasse toute mesure : Dieu ne condamne pas, il pardonne, donne et donne encore, sa mesure est une mesure pleine, bien pleine, tassée, débordante de bonté.
Miséricorde divine n’a rien d’une théorie abstraite ou éloignée de la vie. Elle s’incarne dans nos réalités conjugales et familiales, professionnelles, éducatives ou ecclésiales… Cette Miséricorde ne se réduit pas à des manifestations sentimentales. Jésus nous enseigne, par toute sa vie, à être miséricordieux comme Dieu est miséricordieux : «Soyez miséricordieux… Ne jugez pas… Pardonnez et vous serez pardonnés… ».

Franchir une Porte Sainte ?

Porte Saint Yves de la cathédrale de Nantes

Porte Saint Yves de la cathédrale de Nantes

L’ouverture de l’Année Sainte est toujours solennellement marquée par l’ouverture d’une Porte Sainte en la basilique Saint Pierre au Vatican. Le Pape François a souhaité que chaque évêque donne à franchir, aux fidèles de son diocèse, une Porte Sainte de la Miséricorde. Le dimanche 13 décembre à 19h00 en la cathédrale, Mgr Jean-Paul James ouvrira la Porte Saint Yves, Saint aimé des Bretons, prêtre, homme de droit, défendant les pauvres et les opprimés.
La Porte Sainte rappelle la responsabilité qu’a tout croyant d’en franchir le seuil. C’est une décision qui suppose la liberté de choisir et en même temps le courage d’abandonner, de laisser derrière soi (Mt 13,44-46) ! En passant la Porte, nous manifestons que Jésus-Christ, lui-même, est la « Porte » (Jn 10,7), il est le Seigneur en raffermissant notre foi en lui, notre espérance et notre charité miséricordieuse.

Œuvres de Miséricorde, corporelles et spirituelles

Tous, nous serons invités à méditer, pendant cette Année Sainte, les œuvres de Miséricorde. Ce sera une manière aussi de réveiller notre conscience. Des actes concrets seront alors à poser pour que la Miséricorde passe, non pas d’abord par des paroles, mais par nos œuvres… Ce sera aussi l’un des objectifs de notre pèlerinage à la cathédrale.
Œuvres de Miséricorde corporelles : donner à manger aux affamés, donner à boire à ceux qui ont soif, vêtir ceux qui sont nus, accueillir les étrangers, assister les malades, visiter les prisonniers, ensevelir les morts.
Œuvres de Miséricorde spirituelles : conseiller ceux qui sont dans le doute, enseigner les ignorants, avertir les pécheurs, consoler les affligés, pardonner les offenses, supporter patiemment les personnes ennuyeuses, prier Dieu pour les vivants et les morts.

Père Benoît BERTRAND
Vicaire général

Méditation de Luc 15,11-32 le Père prodigue…

Le Fils Prodigue (Rembrandt)

Le Fils Prodigue (Rembrandt)

Le père est le personnage principal de cette parabole, Jésus veut donner à voir le visage de Dieu son Père. C’est un père « prodigue » en amour ! Il respecte la liberté de son fils, lui remet la part de fortune qui lui revient, même avant sa mort. Il le laisse partir. Le père sort pour l’attendre, le guetter, car il n’a cessé de l’aimer, et dès qu’il l’aperçoit, il va se jeter à son cou et le couvre de baisers. Le père ne fait aucun reproche à son fils, et alors que celui-ci ne demandait qu’à être traité comme un ouvrier, le père lui donne bien plus : le plus beau vêtement (signe de dignité retrouvée), la bague au doigt (signe de la filiation redonnée), des sandales aux pieds (signe de la liberté car les esclaves marchaient pieds nus). Le père sort de nouveau pour chercher à réconcilier les deux frères, l’aîné parle de son frère en disant : « ton fils… », récriminant (comme récriminaient les scribes et les pharisiens reprochant à Jésus de faire bon accueil aux pécheurs), et le père reprend : « ton frère… ». Oui, « les regards d’amour sont ceux qui nous espèrent. » (Père Paul Baudiquey).

Père Gérard NASLIN

 

 

 

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