9 juillet 2015 : Missionnaires et prêtres étrangers en service réunis pour la Journée inter-églises à Kerguénec

D. Rapion 10 juillet 2015 0

Journée inter-églisesComme chaque année, le diocèse de Nantes avec le Service de la Coopération missionnaire a proposé une journée Inter-Eglises qui a eu lieu le jeudi 9 juillet 2015 à l’espace spirituel Kerguénec à Guérande. Ce fut l’occasion pour les missionnaires en congé de se retrouver et pour les prêtres étrangers en service pastoral d’été d’être accueillis par les paroisses qui les reçoivent.

Autour de Mgr Jean-Paul James, évêques de Nantes, ils ont pu témoigner des différentes réalités et activités pastorales des Églises d’ici et d’ailleurs. Échanges fructueux, partages et débats ont contribué à faire de cette rencontre une journée conviviale et chaleureuse. Voici quelques échos de carrefours autour des prêtres venus d’ailleurs et sur les missionnaires nantais en mission à l’extérieur :

Prêtres venus d’ailleurs

Un prêtre de paroisse accueillant depuis plusieurs années des prêtres d’Afrique et d’Asie durant l’été :
« C’est une chance pour nous de vivre cet accueil. Cela entraîne un décentrement de nos manière de faire, ça me rend attentif aux personnes de la paroisse qui ont un lien avec l’Afrique, ça sensibilise aux Eglises d’Afrique. L’accueil d’un prêtre qui vient d’ailleurs nous amène à faire des choix dans l’équipe pastorale :
– Avoir le souci de mener une vie commune de qualité (repas, prière, temps d’échange ensemble…)
– Jouer la confiance mutuelle ».
Cet accueil nous fait du bien pour le reste de l’année.

Des prêtres venant de diocèses d’Afrique :

« Je découvre une belle Eglise ici, bien structurée. J’apprécie le dévouement de toutes les personnes qui assurent les services de la paroisse. Je rencontre des fidèles accueillants, ouverts, et voulant mieux connaitre l’Afrique. Cela me permet de découvrir la pastorale des ainés, et de tout ce qui se fait dans les maisons de retraite. Je suis heureux d’être missionnaire en France ».

Chaque Eglise a ses fragilités et a besoin des autres :

  • Un prêtre du diocèse de Nantes : « Nous sommes intéressés par vos réactions, vos questions en découvrant la vie de l’Eglise d’ici. Dites-nous ce qui vous étonne en nous voyant vivre. C’est ainsi entre autre que vous pouvez nous aider ».
  • Un prêtre d’un diocèse d’Afrique dit : « Même les jeunes Eglises ont besoin de se ressourcer aussi. Nous prêtres africains, nous avons besoin d’avoir de bonnes racines dans la foi ».

Chaque Eglise a des richesses à recevoir et à partager :

  • Un prêtre africain : « Quand je vais dans le diocèse de Nantes, je célèbre la messe en semaine dans une paroisse de la côte avec 30 personnes. C’est une chance de voir 30 fidèles dans la semaine pour l’Eucharistie. Dans ma paroisse d’Afrique ça ne m’arrive jamais ».
  • Un autre prêtre : « Le diocèse de Nantes a encore une visée missionnaire et du dynamisme pour la mettre en œuvre. En venant servir l’Eglise en France, je me purifie de certains préjugés et j’élargis mes horizons. Car en Afrique, nous avons tendance petit à petit à nous enfermer dans nos petites frontières diocésaines ou de paroisse. Nous ne voyons pas l’universalité de l’Eglise ».
  • Un autre prêtre : « C’est vrai qu’en Afrique, il y a beaucoup de baptêmes parfois, mais le challenge pour nous n’est pas le nombre mais la foi, la qualité de la démarche et la continuité. Nous avons les mêmes problèmes que vous ».
  • Un prêtre venant d’Indonésie : « Chez nous l’Eglise doit porter le souci d’assurer l’éducation humaine et celle de la foi ».
  • Un autre prêtre africain : « Ici en travaillant dans votre paroisse, j’apprends l’organisation. J’ai besoin de cette formation. »

* * *

Une laïque qui participe à l’accueil dans sa paroisse de prêtres venant d’ailleurs :

  • « Cela me permet de vivre l’universalité de l’Eglise. Et puis, ils apportent leur jeunesse et leur dynamisme dans nos communautés d’ici qui en ont besoin. Nous découvrons leur culture et nous leur faisons connaitre ce que nous vivons. Leur façon de partager facilement leur foi nous aide. »

Missionnaires nantais en mission à l’extérieur

Voici quelques questions qui ont permis de lancer le débat : Qu’est-ce que vous vivez actuellement ? Quelle est la situation du pays ? Quelles difficultés rencontrez-vous ? Quels enjeux voyez-vous ? Comment vous rejoignent les grandes questions de l’Eglise ? (par ex : encycliques ou Synode des familles). Quelles questions avez-vous sur le service de la mission universelle ? (remarques, attentes, interrogations).

Père des MEP en Indonésie :

  • L’Indonésie compte environ 260 millions d’habitants avec beaucoup de différentes ethnies, l’unité dans la diversité, c’est un bel avantage. Une langue nationale et une démocratie délimitée / dirigée.
  • Musulmans : +de 88% de la population. Il y a quelques endroits spécifiquement chrétiens (île, nord de Sumatra), mais sinon, ils ne sont qu’en minorité. Quelques régions avec un islam plus dur, mais en général, c’est un islam modéré. Pour le moment, il y a très peu d’intégristes musulmans mais de nouveaux mouvements plus radicaux émergent. Le défi est d’éviter que le radicalisme s’étende. L’Etat surveille beaucoup ces mouvements.
  • Présence du bouddhisme et de l’hindouisme également. Il y a une belle unité entre les chrétiens. Bonne relation en général avec les autres religions (plus complexe pour les mariages mixtes). Grande augmentation du nombre de chrétiens dans les grandes villes. Les conversions y sont plus simples car il y a un sentiment d’anonymat plus important. Aujourd’hui, les missionnaires sont interdits d’entrer sur le territoire : les prêtres sont donc presque uniquement du pays. Pour les grands évènements de la vie, les différents croyants se retrouvent : grand respect de la prière de chacun avec des invitations mutuelles pour les grandes fêtes. Les communautés chrétiennes sont très dispersées en général avec des grandes distances et des diocèses immenses. Pour chaque petite communauté, il y a un chef. Les chrétiens, même minoritaires, portent un témoignage fort dans leur manière de vivre leur foi. L’Eglise est vivante et a un poids fort au niveau institutionnel avec une grande présence dans le domaine de l’éducation et de la santé. Le problème c’est qu’ils restent une minorité et qu’ils sont quand même régulièrement discriminés (mais il n’y a pas de persécution). Par ex : pour des nouvelles constructions d’églises, c’est très compliqué. L’accès à des postes dans le gouvernement leur est impossible, c’est une régression constatée, car avant, il y avait des chrétiens qui avaient des postes importants.

Bénin :

  • Il y a une évangélisation déjà ancienne sur les côtes. Avant-guerre, évangélisation de certaines ethnies, mais certaines ne le sont pas encore. La communauté chrétienne est en progression au niveau du nombre (peut-être parallèlement à l’explosion démographique). De nouvelles paroisses sont crées chaque année avec de plus en plus de prêtres (avant, c’était surtout les catéchistes qui s’ occupaient des communautés).On y trouve une tendance traditionnelle dans beaucoup de paroisses. Les laïques ont toujours une grande place, mais différente. La place du prêtre est très respectée et reste importante pour la population. Il y a une grande différence entre la ville et la brousse. L’Eglise a accompagné la transition démocratique, elle est encore assez écoutée par l’opinion publique.
  • Lien avec l’islam : la constatation des habitants est qu’il se durcit petit à petit. Il n’y a pas de radicalisme, avec plus de musulmans au Nord et plus de chrétiens au sud.
  • Le Vaudou est plus implanté au sud avec une sorcellerie traditionnelle plus au nord.
  • Il y a une forte demande pour rentrer au séminaire. Ils cherchent encore comment faire pour le discernement ; pour le moment, ils sélectionnent les jeunes par un concours d’entrée : sélection intellectuelle. Dans la brousse, les prêtres doivent travailler de leur main pour être autosuffisant (ou presque).
  • Le défi : la croissance : c’est bien, mais après, qu’est-ce qu’on propose ? Comment on s’organise ? Les questions canoniques sont parfois complexes par rapport à la réalité vécue sur place (ex : polygamie qui empêche le baptême mais ne veut pas dire que les convertis n’ont pas la foi).

Colombie :

  • 60 à 80% de chrétiens, surtout des catholiques. L’Eglise est très présente. Elle a encore une grande influence, au niveau administratif par exemple, et aussi dans les négociations pour la Paix. Pouvoir qu’elle perd petit à petit (surtout au niveau administratif). Le défi : faire tout pour que la Paix arrive, pour que les gens puissent vivre tranquillement, sans crainte de la guérilla. Engagement social fort de l’Eglise dans beaucoup de domaines. Recherche d’un travail en commun, avec l’Etat aussi. Grand travail de l’évêque à ce niveau. Encore beaucoup de conflits autour des pierres précieuses par ex. recherche de solutions communes avec les maires pour apaiser : plantation de cacaotier pour faire une nouvelle source de richesse. Il faut faire des communautés de chrétiens engagés : impulsion par un père Carme : désir d’engagement auprès des pauvres en plus de la vocation contemplative.
  • Une constatation : encore beaucoup de violences dans les familles. Femme très dévalorisée. Machisme fort.
  • L’engagement des laïques est divers. Il existe un fort engagement surtout dans les grandes villes.
  • Une foi populaire qui reste forte, mais encore beaucoup « de tradition ».
  • Il y a un besoin de catéchèse dans la montagne. Là où elles sont aussi : dans le jardin d’enfants : éveil à la foi.
  • Il ya encore beaucoup de vocations, énormément de congrégations, parfois elles se fondent vite mais elles rencontrent des difficultés par la suite.

Madagascar :

  • L’Eglise est très influente avec beaucoup de piété mais on y trouve beaucoup de corruption chez parfois les mêmes personnes d’où un besoin de conversion.
  • Les religieux/ses ne sont pas assez appelées à coopérer avec les prêtres. Un grand manque de communication se fait sentir dans le diocèse entre les différents responsables. Les décisions sont difficiles à prendre en commun à cause de ce manque de communication. Les informations passent mal.
  • Un engagement important des catéchistes.
  • Une recherche d’harmonie par le peuple : on ne dit pas ce qui ne va pas, on ne contredit jamais : chacun garde ses convictions, mais on ne va pas entrer dans des débats : recherche de paix.
  • Une population très marquée par les différentes ethnies, on se préoccupe surtout du clan, de la famille mais après, plus largement, beaucoup moins de solidarité.
  • Beaucoup de sectes très influentes.

Pastorale des migrants :

  • Durcissement de la loi en cours en France : ils sont en attente.
  • Accueil d’urgence difficile. Beaucoup de majeurs isolés à la rue (femmes et enfants privilégiés pour les logements). Ancien presbytère investi : grande mobilisation. Négociations avec la ville pour trouver des solutions pour une prise en charge plus respectueuse.
  • Arrivée de beaucoup de familles de l’Est qui n’obtiennent pas le droit d’asile : beaucoup se retrouvent à la rue.
  • Défi : créer des lieux de rencontres pour briser les peurs et permettre de vivre la fraternité.
  • Réseau « Welcome » : beaux témoignages. Parfois pas facile au moment du départ. Le réseau se remet en place actuellement.

DCC :

  • Défi : le coopérant doit être artisan de paix et acteur dans le dialogue interreligieux (il a parfois la « chance » d’être un étranger pour tout le monde : départ à zéro, sans étiquette, contact parfois plus simple).

Mot de l’évêque : La mission, c’est donner et recevoir. Rappel : St patrons de Nantes portent en leur nom ces deux dimensions : Donatien et Rogatien.

Le diaporama

 

 

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