22 septembre 2018 : Bioéthique et mission en Église, quel éclairage possible ?

D. Rapion 23 septembre 2018 0

Le 22 septembre dernier, un après-midi de formation a réuni une centaine de personnes à la Maison diocésaine Saint-Clair. La Pastorale de la santé, en lien avec le Service de Formation, souhaitaient réunir, sur ce sujet, des curés, administrateurs et modérateurs, des aumôniers d’établissements de santé, et des responsables de services diocésains autour de Mgr d’Ornellas, Archevêque de Rennes et animateur de la commission épiscopale chargée des questions de bioéthique et de Jacques Ricot, philosophe.

Mgr d'OrnellasL’objectif visé était de permettre aux catholiques, responsables dans les domaines de la santé et de la formation, de ne pas être démunis face aux débats de société autour des questions de bioéthiques débattues aujourd’hui. Outre une formation de deux années proposée dans le diocèse, cet après-midi invitait chacun à prendre des points d’appui pour étoffer la réflexion. « Quel est l’état de vie auquel vous vous êtes engagés, que vous entraîne-t-il à poser comme choix ?… Notre existence collective ne sait plus bien répondre à cette question » a indiqué Mgr d’Ornellas. Soulignant qu’il est urgent d’approfondir la réflexion au regard de situations complexes et nouvelles qui s’affichent, il ne peut plus être question de se positionner et de répondre seulement en termes de bon ou mauvais. Se référant à Paul Ricoeur, il a rappelé que l’éthique est à la fois le bien de la personne humaine, le bien du groupe et la justice des institutions, les trois indissolublement. Cette éthique se construit chaque jour, mais n’y a-t-il pas en amont une loi qui nous transcende ? Trois formes ou aspects de l’éthique peuvent être considérés alors : l’éthique de l’appel, l’éthique de l’état de vie et celle du chemin.
A partir de ces trois points, on peut contempler le chemin révélé pleinement par le Christ. L’appel à aimer comme le Christ existe dès la création, dès le début de l’existence. Résumer l’appel de Dieu à un appel à aimer change la question bioéthique. Notre développement humain n’est pas alors uniquement dans le « faire » mais davantage en la signification de l’humanité. Notre liberté responsable doit guider la technique.

Le Pape François nous incite à jeter un nouveau regard, une vision globale partant de la conviction profonde de notre dignité avec sa vulnérabilité. La bioéthique globale renvoie à l’écologie intégrale. Tout est lié l’environnement, les personnes, la technique.
Mettant en lumière les repères de l’Eglise, Mgr d’Ornellas a insisté : « Il faut considérer que nous sommes tous en chemin, que nos fragilités et nos faiblesses nous permettent de progresser sur ce chemin, alors notre rôle est de voir comment la personne va pouvoir progresser et correspondre toujours plus à l’état de vie qu’elle s’est fixée – soutenue pour cela par la grâce du baptême ». L’Archevêque de Rennes s’est arrêté longuement sur la valeur de la technique, liée à l’autonomie et à la liberté de l’homme elle exprime, avec force, la maîtrise de l’esprit sur la matière, ses développements actuels paraissent vouloir nous affranchir des limites, quand elle devrait permettre de renforcer l’alliance entre l’être humain et son environnement.

Jacques RicotA ces pistes de réflexion, Jacques Ricot en a ajouté d’autres plus directement ciblées sur les questions soulevées par le texte que viennent de signer les Evêques de France. Il a réagi aux titres lus dans les médias: « Les évêques disent NON à la P.M.A. » soulignant que chaque non est bien souvent la face cachée d’un oui plus grand. Carl ‘Eglise dit d’abord un grand oui à la vie. Pour cela, il a rappelé l’indispensable rôle des lois, retrouvées dans toutes les civilisations :

  • tu ne tueras pas pour le vivre ensemble en paix,
  • tu ne mentiras pas pour exprimer le oui à la confiance,
  • l’interdit de l’inceste pour le oui à l’alliance, à l’ouverture,

Dans le domaine bioéthique, l’Eglise pose alors des questions peu entendues, au moment où la société s’attaque à ses propres limites. Avec une mentalité techniciste, certains voudraient effacer les deux seuls événements non réitérables : la naissance et la mort. Puis le philosophe a attiré l’attention sur l’évolution du concept d’ « enfant désiré », devenu « projet parental », apparaît désormais la notion de « parent d’intention » faisant glisser lentement l’accueil de la vie, vers une volonté exprimée qui doit se réaliser. Jacques Ricot contemple la technique alliée à la démesure qui fait dériver la médecine. Le projet d’étendre l’assistance médicale à la procréation aux couples de femmes répondra à une infertilité de situation : pas de maladie ou de dysfonctionnement naturel à l’origine de la demande. Mgr d’Ornellas le disait quelques minutes auparavant, « notre société tente de faire coïncider le vrai avec le faisable… C’est un grand danger ! ». Tous deux invitent les chrétiens à approfondir leurs connaissances pour ne pas céder aux « mouvements souvent changeant de l’opinion publique » (Pape François), car l’Eglise, en matière de bioéthique, a une bonne nouvelle à apporter au monde actuel.

Un échange avec la salle a clos cet après-midi de réflexion.

Yolaine Brouillet et Isabelle Nagard

 

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