13 novembre 2016 : Clôture de l’Année Sainte de la Miséricorde à la Cathédrale de Nantes

D. Rapion 14 novembre 2016 0

Messe de clôture Ce dimanche 13 novembre 2016 en la Cathédrale de Nantes, la célébration eucharistique, présidée par Mgr Jean-Paul James, clôturait l’Année de la Miséricorde.

Homélie de Mgr Jean-Paul James

S’il fallait résumer cette année sainte par une image, je choisirais le visage de Christian, SDF de la Maison lazare à deux rues d’ici, membre de la chorale « au clair de la rue », actuellement à Rome avec ses amis. Christian s’adressant au Pape avant hier, évoquant sa foi, ses engagements, nous invite à être aujourd’hui et demain, des missionnaires de la miséricorde.

« J’ai connu la rue pendant plusieurs années, et le Bon Dieu a toujours été auprès de moi », voilà la foi de Christian proclamée à Rome. Pourtant à la fin de l’année sainte, si nous jetons un regard en arrière, nous pourrions nous laisser aller au pessimisme. Les événements tragiques de Paris, il y a un an jour pour jour, nous montrent notre fragilité. Cette soirée du 13 novembre, des forces aveugles venaient de porter la violence jusque dans ces lieux où nous aimons nous rencontrer, des cafés, des théâtres, des places publiques. On avait crû que la guerre était un cauchemar appartenant au passé ; or, nous voilà affrontés à un terrorisme, dont les actes vont se répéter au cours de l’été, jusqu’à assassiner un prêtre âgé célébrant sa messe avec cinq personnes. « On portera la main sur vous », dit Jésus dans l’Evangile. Dans ces drames du monde, bienheureuse année sainte de la miséricorde ! Avec foi et espérance, nous avons porté notre regard vers le Christ, visage de la miséricorde divine. Visage et messager de cette miséricorde, même dans cet Evangile proclamé il y a un instant, aux allures de film catastrophe. Au milieu des souffrances du monde que nous connaissons, la révélation d’une présence : « Ne soyez pas terrifiés.. C’est moi qui vous donnerai un langage et une sagesse ». Dans la foi, nous savons que Jésus ne nous abandonne pas. Il sait nos peurs, mais il répète : « tu n’es pas seul ; je suis avec toi ». C’est la foi de Christian : « le bon Dieu a toujours été auprès de moi ». Foi de Christian, notre foi à nous missionnaires de la miséricorde, appelés à témoigner de la proximité du Seigneur. Appelés à témoigner et à célébrer.

Au cours de l’année sainte, certains d’entre nous qui s’étaient éloignés du sacrement de réconciliation, l’ont célébré à l’occasion de journées du pardon, ou en se rendant tout près d’ici à Sainte Croix, ou dans une démarche de pèlerinage. Et la miséricorde accueillie c’est une force pour poursuivre la route. Christian évoquait, à ce sujet, la bénédiction du Pape : « Dans mes galères et dans ma maladie, la schizophrénie, vous m’avez béni et cela m’a donné une grande force pour surmonter mes difficultés ». La première lecture de cette messe, évoque le jour du Seigneur, brûlant comme la fournaise. Ce n’est pas une menace, c’est au contraire une image de son amour, de l’incandescence de son amour infini ; et ce feu brûle en chaque être humain ce qui résiste à l’oeuvre de l’Esprit, ces impuretés qui dénaturent notre appel à la sainteté. Nos cœurs n’étaient-ils pas tout brûlants ? S’écrient les disciples d’Emmaüs au soir de Pâques.
Ne sont-ils pas tout brûlants au terme de cette année sainte, après avoir célébré et accueilli la miséricorde divine. Aux disciples de tous les temps, Jésus qui nous accompagne offre la force de préférer le pardon à la vengeance, la vérité au mensonge, la générosité au repliement sur soi. Voilà ce que célèbrent les missionnaires de la miséricorde.

Christian conclut son discours au Pape : « Depuis quelques temps, je fais partie d’une chorale, « au Clair de la rue »… Cette chorale a été créée à Nantes pour animer les sépultures de nos amis de la rue qui étaient enterrés tout seuls… Maintenant la « Chorale de la rue » est une espérance car même les plus oubliés sont enterrés dans la dignité ». Les sépultures de tous, une des œuvres de miséricorde qui se sont proposées à tous les pèlerins venus dans la cathédrale de Nantes, faire le parcours de la miséricorde. Nous avons été plus de 180 groupes paroissiaux, de mouvements, de services diocésains à le vivre, des milliers de personnes venant de toute la Loire-Atlantique. Et j’en vois des fruits : à la suite de Dieu qui s’approche de nous, nous nous sommes faits proches les uns des autres ; venant à l’Eglise mère, nous nous reconnus d’un même diocèse, portant ensemble la mission du diocèse, mariés et célibataires, jeunes et moins jeunes. Au terme du pèlerinage, chacun était invité à prendre une décision : comment être concrètement témoin de la miséricorde ? Et des milliers de gestes ont été posés : des engagements concrets en faveur de la paix et de la justice, des gestes de réconciliation et de partage, des visites à une personne isolée, à un membre de la famille. Je repensais à ce conte tibétain : « un jour en marchant dans la montagne, j’ai vu une bête. En m’approchant, je me suis aperçu que c’était un homme. En arrivant près de lui, j’ai vu que c’était mon frère ».

Voilà le jubilé de la miséricorde que nous avons vécu. Nous en rendons grâce à Dieu : il a manifesté sa proximité. Il a soigné nos blessures. Il nous a entrainé à la rencontre de nos frères. Ce soir, pour ce monde meurtri, pour notre Eglise fragilisée, le Seigneur miséricordieux appelle : Il y a besoin de parents miséricordieux, de consacré(e)s miséricordieux, de diacres et prêtres miséricordieux. Ce soir, se lèvent de nouveaux missionnaires de la miséricorde. Vous êtes de ceux-là. J’en rends grâce.
Amen.

Mgr Jean-Paul James
Évêque de Nantes

 

 

 

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