Des collégiens prêts à s’engager

D. Rapion 8 novembre 2017 0

Des collégiens prêts à s'engagerFranck Bureau est directeur du collège Saint-Joseph de Savenay, qui accueille 1037 élèves. Pour contribuer à l’élan impulsé par Mgr James en faveur de la jeunesse, il a accepté de nous dresser un portait de cette jeunesse qu’il côtoie chaque jour et qui le motive dans sa mission d’éducateur. Il partage quelques clés de compréhension de ces jeunes adolescents qu’il trouve spontanés et directs, serviables et polis.

Franck BureauAu collège Saint- Joseph, le quotidien s’appuie sur quatre grandes valeurs qui forment le projet éducatif. Ces valeurs vont ici servir de trame au portrait que dresse Franck Bureau :

Vivre la confiance L’école est un lieu de vie qui les épanouit, et pour certains une soupape par rapport à ce qu’ils vivent chez eux. Ils sont entre eux et c’est primordial à leur âge. Ils sont pourtant heureux d’entrer en relation avec les adultes. Beaucoup de jeunes ont besoin du regard, serein et juste, de l’adulte pour exister. C’est aussi de notre responsabilité d’éducateur de renouer le dialogue avec un jeune qu’il a fallu reprendre. Après un peu de temps il est essentiel de lui signifier que l’épisode est dépassé et qu’on souhaite aller plus loin avec lui. Les jeunes ont droit à l’erreur.

Se respecter Je pense qu’à cet âge, il leur faut des adultes, à la fois proches dans la relation, qui les rassurent et les aiment et sachant aussi se tenir plus à distance, capables de poser des limites et d’expliquer pourquoi elles sont nécessaires. Voici un exemple : deux jeunes s’embrassaient sur la cour, je les ai repris et une délégation a demandé à me parler. Ils venaient me dire que ce n’était pas interdit par le règlement intérieur. J’ai pris le temps de distinguer la sphère privée et le comportement que l’on pouvait adopter en public… Je les ai invités à s’interroger sur l’effet de ce comportement sur d’autres élèves qui pouvaient vivre difficilement le fait de ne pas avoir d’amis et aussi sur le fait qu’ils n’apprécieraient pas que les adultes se comportent de cette façon au sein de l’établissement. Nous avons ensemble convenu que tout cela était bien difficile à écrire dans un règlement intérieur.
Les collégiens ne se retrouvent pas dans une absence de règles ; et globalement ils les acceptent plutôt bien, en revanche ils ont besoin de notre cohérence et acceptent que l’on ne soit pas parfait. Exemple : l’utilisation des smartphones est interdite pour les élèves et ils comprennent mal qu’un adulte consulte ses messages lors d’un face à face élèves.
Les jeunes peuvent être durs entre eux, on doit veiller à ce que chacun soit bien au collège, cela passe par beaucoup d’écoute et de disponibilité pour résoudre les petits ou les grands problèmes.

Se connaître Ils sont dans une période de transition et se sentent à la fois forts et fragiles. Entre eux, les jeunes sont fusionnels, ils ont besoin de se toucher. Les 6e ont encore la spontanéité des enfants. Cela se perd sur les années 5e et 4e : ils communiquent moins mais entendent la parole de l’adulte. C’est en 3e qu’on voit les fruits de nos recommandations et que les choses se mettent en place. On garde le principe qu’ils n’ont pas à utiliser leur smartphone, mais c’est à la fois un espace d’expression qui échappe à l’adulte et ils en ont besoin. Dans ce contexte, proposer des temps d’intériorité est un exercice délicat, mais lors des bilans ce qui revient toujours dans les points positifs c’est « le temps à la chapelle ». Qu’ils soient chrétiens ou pas, dans leur vie rapide et bruyante, leur offrir un espace de silence porte du fruit. En 4e et 3e pointe une certaine opposition aux propositions explicites mais, par le biais de l’interrogation sur soi et de sa relation aux autres, on les fait avancer dans leur réflexion. Je suis attaché à un enseignement catholique ouvert à tous. Et je me rends compte que cet apprentissage de l’intériorité leur permet de traverser joies et peines du mieux possible… Il ne faut pas oublier non plus les temps festifs, la joie que peut procurer le fait de mettre deux bonbons dans leur verre le midi à la cantine… Et de les laisser chercher la raison du geste… En l’occurrence c’était un 19 mars, fête de Saint Joseph !

S’engager Dans nos espaces scolaires il est important de les rendre acteurs en les faisant participer au conseil d’établissement par exemple. Il y a quelque temps nous avons repensé le logo du collège et le leur avons présenté. Ils nous ont demandé de revoir notre copie en tenant compte de la représentation qu’ils avaient de l’établissement. De la même façon le règlement intérieur est relu et corrigé par les délégués élèves, ils s’en emparent et affinent certains aspects.
Lorsque des personnalités visitent l’établissement, ce sont des élèves qui les guident, lors d’inaugurations ils peuvent aussi avoir le rôle de maître de cérémonie. Je prends un peu de temps avant avec eux pour lister les points d’attention : veiller à la politesse et l’accueil, réfléchir au sens dans lequel va se dérouler la visite ou prévoir différents points dans le discours, ne pas oublier les remerciements. Ensuite, ils font ça super bien !
Notre projet éducatif tient en quatre impératifs, conclut Franck Bureau : « être en confiance, dans le respect de chacun, développer la connaissance de soi et des autres et le sens de l’engagement et de la responsabilité. Ce sont à mes yeux de belles clés pour grandir ! »

Propos recueillis pas Isabelle Nagard
ELA n°76 – novembre 2017

 

 

 

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