Adolescents : Porter un regard bienveillant

D. Rapion 12 décembre 2017 0

Nathalie Allain et Anne-Christine Joly sont psychologues au sein du Service psychologie de l’Enseignement catholique de Loire-Atlantique.
Quinze psychologues interviennent dans les établissements du diocèse, entre la maternelle et le lycée. Ils réalisent des bilans psychologiques individuels, tiennent des permanences d’écoute dans le secondaire et accompagnent les équipes éducatives. Ces professionnels cliniciens interviennent aussi dans la gestion des situations de crise, participent à la prévention santé, accompagnent des établissements sur des situations complexes (protection de l’enfance, harcèlement, troubles du comportement, conflits majeurs…).

Le travail du psychologue au sein des collèges et lycées

Le travail des psychologues qui interviennent dans les établissements rejoint le projet de l’Enseignement catholique et de tous ses acteurs : accueillir avec bienveillance, écouter, accompagner, sécuriser, faire du lien, aider à grandir.
En effet un élève vient à l’école avec l’intégralité de sa vie affective et psychique, de ses expériences extérieures et familiales, de son vécu en classe et sur la cour. Les permanences d’écoute offrent alors aux jeunes, un espace confidentiel d’écoute, lieu d’expression, où ils peuvent être accompagnés et guidés dans leur réflexion. Elles constituent également un réel lieu de prévention (décrochage scolaire, harcèlement, conflits interpersonnels, familiaux..).
Les psychologues de l’éducation assurent donc des permanences d’écoute dans tous les établissements de Loire-Atlantique (de 1 journée par mois à ½ journée tous les 15 jours). Ces rencontres ont lieu à la demande de l’élève mais parfois également de sa famille, ou sur proposition d’un professeur. Le jeune est toujours acteur de cette démarche.

L’adolescent et ses préoccupations

L’adolescence est une période de la vie riche en émotions, en expériences et en changements. Grandir, se construire suscitent des questionnements, parfois douloureux, et pouvant toucher différentes thématiques. Que ce soit sur des sujets personnels (rapport au corps, estime de soi, questionnement identitaire, conduite à risques…), des problématiques scolaires, difficultés relationnelles ou familiales : le jeune cherche et recherche, au travers de nos rencontres, du soutien, de la sécurité et de la confiance.
Les problématiques sont rarement uniques.

Des difficultés entendues qui évoluent avec la société

Alors que l’adolescent continue à traverser la puberté (transformations corporelles, cognitives, émotionnelles..), les entretiens menés peuvent nous permettre de comprendre l’évolution sociétale dans laquelle vivent les jeunes d’aujourd’hui.
En effet, les jeunes viennent régulièrement nous parler de leur famille, de ces changements et des bouleversements qui en découlent : les divorces, les fonctions paternelle et maternelle moins marquées, la complexification des structures familiales recomposées, la place du jeune en cas de divorce…
Il nous semble parfois que les repères des parents sont inadaptés, mettant l’adolescent à une place qui n’est pas la sienne. Certains parents peuvent en effet « placer » leurs ados comme le médiateur, le confident, le tiers. Chez certains couples se séparant, le positionnement de l’adolescent devient enjeu de pouvoir. Le jeune vient alors questionner sa place au sein du système familial, cherchant du sens dans un environnement flou.
D’autre part, l’adolescence, période de ruptures, vient aussi interroger la question de l’identité. Peut-il devenir autre et différent sans briser le sentiment de loyauté qui le lie à sa famille ? Comment est-il autorisé ou non à quitter une relation de dépendance pour s’individualiser ? Certains jeunes nous montrent parfois leur impossible séparation (conduites de retrait ; absentéisme..) ou leur incapacité à se séparer en tombant dans une autre dépendance : addictions, secte ou radicalisation.
Par ailleurs, nous ne pouvons que constater la place des écrans dans leur vie. Cet écran qui d’un côté crée du lien, et de l’autre, paradoxalement, renforce l’isolement. Cet écran qui invite à se dévoiler, à tout dire, à embellir sa vie, à en envier d’autres… Etonnante et formidable innovation, les écrans accentuent aussi solitude et dépendance.

Besoin de sécurité et de confiance

Malgré tout, le jeune d’aujourd’hui reste en prise avec des questions d’ados, avec un habillage culturel différent. Il vit, comme auparavant, une véritable mue. Il quitte sa peau d’enfant avec l’envie d’explorer le monde, tout en recherchant activement sécurité et protection. Il vit le paradoxe suivant : « Laissez moi vivre mais, si vous me laissez trop de liberté, j’ai l’impression d’être abandonné ! ».
Une jeune fille accompagnée dessinait des personnages de Disney mais à la manière gothique. Le visage angélique de la petite sirène au corps squelettique et à la cage thoracique sanguinolente. Une métaphore de l’adolescence : encore un enfant, le jeune se plaît dans un imaginaire féérique, enfantin et, en même temps, il doit mourir à cela pour devenir adulte. La manière dont le milieu familial soutient ou non l’envol du jeune est très important. L’ouverture vers le monde extérieur joue un rôle majeur. Le jeune peut quitter le cocon familial s’il sait que sa structure familiale tient, a un équilibre propre et qu’il peut y revenir pour y trouver sécurité et réconfort.
Au sein de nos établissements, il nous semble que le jeune d’aujourd’hui, comme celui d’hier et de demain, a des rêves plein les poches et des désirs à faire fructifier. Plus que tout, il a besoin d’adultes au regard bienveillant. Des regards qui écoutent, qui rassurent, qui encouragent. En sentant que l’adulte auprès de lui est debout et confiant en l’avenir et en la vie pour avoir le courage et l’audace de construire la sienne.

Propos recueillis pas Isabelle Nagard
ELA n°77 – décembre 2017

 

 

 

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