Noël au cœur des communautés étrangères de Nantes

D. Rapion 17 décembre 2017 1

Au Mexique, Noël est autant une grande fête religieuse que la célébration de l’amitié et de la fraternité entre voisins d’un même quartier ou d’un même village. Au Congo, la naissance de Jésus se fête sous 35°C. Aux Philippines, la lumière est partout : dès le 1er septembre, un Père Noël défile sur les écrans de télévision et la fameuse « Parola » ou « étoile lanterne » représentant l’étoile de Bethléem est accrochée un peu partout dans les rues. En Colombie, les enfants n’ont jamais entendu parler du Père-Noël, c’est le petit Jésus qui apporte les cadeaux. A Malte, les familles catholiques ont pour coutume de planter des graines de millet dans un pot mis à l’abri de la lumière afin que la céréale qui y pousse ne soit pas verte mais blanche…
Nantes compte 47 000 personnes immigrées ou étrangères, ce qui représente 8% de la population totale. Si pour la plupart de ces communautés étrangères, il est important de s’adapter aux coutumes de leur pays d’accueil, quand vient Noël, chacune cherche à perpétuer certaines de ses traditions d’origine. Effectivement, Noël est souvent un moment difficile pour ces personnes car il « rappelle qu’on est loin » de chez soi. Partout en Loire-Atlantique, l’Eglise oeuvre pour que Noël soit un moment d’unité et pour que chaque communauté étrangère puisse le vivre dans sa culture d’origine.

« La Novena », au cœur de la tradition latino-américaine

Noël au coeur des communautés

Pendant les Posadas, adultes et enfants rejouent le voyage de Joseph et Marie, de Nazareth à Bethléem

Là-bas

Noël latinosPour une partie des pays d’Amérique du Sud et d’Amérique centrale, les festivités de Noël commencent le 16 décembre avec La Novena ou Las Posadas. En espagnol, « posada » veut dire « auberge ». Issues de la tradition mexicaine, elles sont également entrées dans les coutumes colombiennes et équatoriennes. Remontant au XVIe siècle, elles commémorent le voyage que firent Joseph et Marie, de Nazareth à Bethléem, pour trouver un endroit où dormir et où naîtra l’enfant Jésus. Pendant les neuf jours précédant Noël (neuf jours pour les neuf mois de grossesse de la Vierge Marie), dans les villages et les quartiers du Mexique, de la Colombie et de l’Equateur, on « rejoue » le voyage de Joseph et Marie. Des processions réunissant des habitants de la communauté, et surtout des enfants, se rendent chez leurs voisins pour demander l’hospitalité (pedir posada) comme le firent Marie et Joseph. Bien souvent, ces « pèlerins » reconstituent une scène de la Nativité (les enfants peuvent être déguisés) en entonnant un chant religieux, avec une bougie et, parfois, une statue de saint à la main. La règle veut que le groupe se rende dans trois maisons du voisinage. Seule la troisième leur donnera l’hospitalité. À l’intérieur, les « pèlerins » prieront et interpréteront des chants de Noël.

Ici

Pour les communautés latinos qui ont quitté leur pays d’origine, il est « indispensable », et en particulier chez les Colombiens, de perpétuer la tradition de La Novena. « Cela fait partie de notre patrimoine culturel », confie Paula Sanchez, une Colombienne vivant en France depuis 5 ans. « C’est une tradition que l’on ne veut surtout pas perdre, tout le monde vient, même ceux qui pratiquent peu. Lorsqu’un nouveau Colombien arrive à Nantes, il est toujours heureux et rassuré de voir qu’il est possible de participer à La Novena, c’est même un vrai soulagement ». A Nantes, les soeurs du Carmel Apostolique de Notre Dame de Bethléem oeuvrent pour que les communautés latino-américaines puissent vivre un temps de Noël ensemble et selon les traditions de leurs pays d’origine. « Avant de commencer La Novena, nous avons pour habitude de fêter l’Immaculée conception », le 8 décembre étant un jour férié en Colombie, précise Paula Sanchez ; « comme ça n’est pas le cas en France, nous la fêtons le 7 décembre au soir, nuit où des bougies resteront allumées sous nos fenêtres et devant notre porte. Une procession a également lieu chez les soeurs de Bethléem. » Tout comme dans leurs pays d’origine, les différentes communautés latino-américaines réunies marchent « dans le noir jusqu’à la grotte de la Sainte Vierge », illuminant leur passage grâce à des lanternes en papier et des bougies « de toutes les couleurs », entonnant des chants à Marie et récitant un chapelet. Ensuite, vers le 14 décembre, les soeurs prêtent à la communauté une salle afin que ceux qui le souhaitent, constituent ensemble la crèche de la communauté. « Chacun vient avec ce qu’il peut apporter. S’il le faut, nous organisons une récolte de dons afin de compléter notre crèche »

Pour les Irakiens, Noël permet « de se souvenir du pays »

Là-bas

La tradition chaldéenne veut que le soir de Noël, on allume un grand feu, rappelant celui des bergers. Les familles chrétiennes l’alimentent avec des feuilles sèches d’automne qu’elles ont ramassées dans les champs. En Irak, on se réunit dans la cour de l’église en récitant en araméen des chants de Noël. Ensuite, le prêtre lit l’évangile de la Nativité et s’interrompt après que l’ange du Seigneur dit à Marie et Joseph : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. » A ce moment-là, le prêtre allume le feu et des groupes d’enfants échangent d’autres chants de Noël. Selon l’orientation de la fumée, l’année sera fertile ou pas ; le sud est signe de bon augure pour les villageois.

Ensuite, à minuit, on rentre dans l’église pour la messe de Noël. Après cela, tous les membres de chaque famille se visitent entre eux. « Nous
restons dix minutes par maison », se souvient Noël Harbot, Irakien réfugié en France depuis 25 ans. « A Noël, la famille doit se voir, on passe d’une maison à l’autre », c’est ainsi que « tout le bourg est en mouvement ». La famille plus restreinte se retrouve ensuite pour le repas de Noël, pour lequel autrefois on égorgeait un mouton ou un agneau.

Ici

Si Noël Harbot raconte ses souvenirs de Noël avec nostalgie, il est important selon lui de « s’adapter aux traditions du pays qui nous accueille ». Alors chaque année pour le 24 décembre, la communauté irakienne se réunit simplement pour une fête collective dans une salle paroissiale, le plus souvent à Sainte-Thérèse de Nantes. Pour le dîner, « on sert des tripes de mouton, car c’est ce qu’il y a de meilleur », selon Noël Harbot, « ainsi que des saucisses farcies au blé concassé avec de la graisse et de la viande ». Ensuite, la fête se poursuit avec des chants
en araméen et des danses folkloriques ! Ainsi, Noël est l’occasion de « se retrouver et de se souvenir du pays ».

Noël irakien

La communauté irakienne réunie à Sainte-Thérèse pour la messe de Noël

Au sein de la communauté malgache, « retrouvailles et chants pleins de joie »

Crèche malgache

Crèche malgache

La-bas

Madagascar est une île aux arbres exotiques : baobabs, cocotiers, manguiers, goyaviers, … Noël a lieu l’été, époque où les jacarandas, arbres aux fleurs violettes fleurissent
dans les villes. On est bien loin des sapins et du décor hivernal que nous, Français, associons à Noël. Rares sont les Malgaches qui peuvent se permettre de se procurer un sapin
pour Noël.
Le 24 décembre à minuit, les familles les moins dépourvues, ont revêtu leurs costumes neufs. L’attente jusqu’à minuit du début de la messe est une véritable fête : devant les
églises, des groupes s’interpellent en chantant à tour de rôle. Pour le repas de Noël, le plat traditionnel malgache se compose de dinde et la coutume veut que chaque membre
de la famille mange une partie bien précise de la volaille. Comme la vanille cultivée sur l’ile est l’une des meilleures au monde, la bûche sera préparée avec cet ingrédient, mais il
ne faut pas oublier les fruits de l’île (litchis, mangues…).

Ici

A Nantes, on compte environ 200 Malgaches ; si la moitié est catholique, l’autre est protestante. Tous se réunissent pour fêter ensemble l’Indépendance de l’île, le 26 juin. Cette année, les Malgaches catholiques se réuniront le 19 décembre à l’église Saint-Georges de Nantes pour fêter Noël. Pour l’instant la communauté peine à se retrouver et le 24 décembre reste un moment familial « que chacun vit de son côté, dans sa paroisse », explique Gérard Randriamanantsoa, diacre permanent et Malgache. Les festivités débuteront par un repas vers 12h30. « Chacun apportera un plat de fête traditionnel, à base de volaille et sûrement une salade de fruits en dessert ». Le moment le plus attendu est la messe qui sera célébrée à 15h, entièrement en malgache. « On n’a pas d’autres occasions pendant l’année de chanter dans notre langue et nos chants de Noël sont tellement
dynamiques, rythmés et joyeux ! », poursuit Gérard Randriamanantsoa. « Nous serons accompagnés d’un clavier, de djembés, d’une guitare et d’un valiha » instrument malgache, et nous avons Kolas qui sait très bien en jouer ». Membres de la communauté malgache et Mgr JamesCette messe de Noël anticipée sera aussi l’occasion de fêter les soixante ans de sacerdoce du père Emmanuel Fortineau, qui, ayant vécu longtemps à Madagascar, accompagne la communauté malgache de Nantes.

Dossier coordonné par Anne-Laure Baulme
paru dans ELA n° 77 – décembre 2017

 

 

 

 

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Un commentaire »

  1. Mounier 20 décembre 2017 at 21 h 23 min - Reply

    Super article!
    Merci!
    Bon travail d’explication!

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